Huygens

Huygens

Prologue : Petite nouvelle que j’ai écrit dans le cadre d’un concours universitaire sur le thème de la lumière.

Bonne lecture.


Huygens

Activation des turbopropulseurs dans 5-4-3-2-1… Le vaisseau Huygens filait à 500 000 km/h en direction du Soleil dans le cadre d’une mission d’exploration. Prouesse technologique fruit de la coopération des grands noms de l’aéronautique, il embarquait le meilleur équipage que l’humanité n’ait jamais connu.

« Commandant Abramov, nous ne sommes qu’à quinze millions de kilomètres, nous pénétrerons dans le Soleil dans exactement trente heures.

  • Très bien Shepard, continuez à bien surveiller les données du vaisseau, nous allons pénétrer dans la couronne, le rayonnement va mettre à rude épreuve Huygens. »

Le vaisseau avait quitté la Terre il y a un an en 2133. Après quelques orbites terrestres il prit son cap vers le Soleil, d’abord à une vitesse de croisière de 50 000 km/h. 108 jours plus tard il  était arrivé au point d’entrée de la couronne, lieu d’élévation forte de la température de l’ordre d’un million de degrés Celsius. Construit dans un alliage Tungstène-Rhénium-Curium, le Huygens embarquait avec lui un générateur à antimatière afin de neutraliser le rayonnement solaire, et ainsi abaisser à une température supportable par son alliage la chaleur émise par le soleil. La forme du vaisseau était sphérique, avec l’emplacement de l’équipage en son centre. Un côté était équipé des turbopropulseurs à plasma, tandis que l’autre côté emportait le générateur à antimatière. Pendant qu’un côté amenait le vaisseau à sa destination, l’autre lui ouvrait la voie en créant un tunnel froid vers le Soleil.

« Perreira, pouvez-vous me faire un rapport sur votre situation ?

  • Oui Commandant, pour l’instant le pilote automatique maintient le cap dans le tunnel froid, j’observe seulement que ce dernier se réduit au fur et à mesure que le rayonnement augmente.
  • Restez vigilante, c’est le moment difficile de la mission, une fois la chromosphère atteinte on pourra souffler. »

La chromosphère est une zone étrange, celle qui se dessine subtilement lors des éclipses totales du Soleil. Avec une température située entre 2 000 et 100 000 degrés Celsius, c’est une zone fraîche par rapport à l’enfer de la couronne. La chromosphère était l’objet de cette mission qui portait le nom de code Râ en hommage à la divinité solaire égyptienne. L’objectif était de récolter des données précises sur l’intérieur du Soleil, plus précisément sur la photosphère qui produit la lumière visible, en orbitant dans la chromosphère.

« Bahrami, surveillez attentivement le niveau de radiation, le moindre écart pourrait-être fatal au vaisseau et à l’équipage.

  • Ne vous inquiétez pas Commandant, je surveille attentivement les données récoltées par l’ordinateur de bord, jusqu’ici tout est normal. »

Les turbopropulseurs à pleine puissance et le générateur à antimatière démarré, plus aucune communication n’était possible avec le central installé en orbite autour de Vénus.  L’équipage composé d’Abramov, Shepard, Perreira et Bahrami, était maintenant seul face à sa mission, face à son destin.

« Commandant, je détecte de fortes variations dans le rayonnement solaire, le pilote automatique est contraint de recalculer en permanence une nouvelle trajectoire.

  • Reçu Perreira. Shepard, expliquez-moi ce qui se passe ? ordonna le commandant, d’un ton sec mais calme.
  • A partir de maintenant nous devons compter sur nous-mêmes Commandant, le Soleil est instable et notre trajectoire théorique doit s’adapter. »

Grand, mince et au regard profond mais rêveur, Shepard était au fond de lui heureux que tout ne se passe pas comme prévu. La monotonie des modèles théoriques l’avait toujours ennuyé, et c’est pour cette raison qu’il avait postulé à cette mission qualifiée de suicidaire par de nombreux scientifiques.

« Allez aider Perreira dans ce cas, l’ordinateur de bord est soumis à de fortes contraintes, et la mission se doit d’être un succès. »

Le commandant était un homme assez autoritaire, barbu et large. Il avait connu la fin de l’époque des fusées et le démantèlement de la deuxième station internationale. Ce vaisseau était pour lui un véritable bijou que les autres membres d’équipage ne savaient pas apprécier à sa juste valeur. Érudit d’histoire des sciences, il avait proposé le nom de Huygens au comité de direction, en hommage au célèbre astronome ayant permis une meilleure compréhension de la lumière.

Perreira se démenait pour garder le vaisseau dans le tunnel froid. La température y était de 2 000 degrés Celsius, et à l’extérieur d’un million. Une seconde en-dehors de ce tunnel entrainerait la fusion immédiate du vaisseau et de son équipage, aucun écart par rapport à la bonne trajectoire n’était possible.

« Commandant, le tunnel continue de se réduire, l’ordinateur de bord commence à saturer dans sa capacité de calcul, dit Perreira d’une voix empreinte de nervosité.

  • Shepard, pouvez-vous reparamétrer le générateur d’antimatière ?
  • Non Commandant, ce n’est pas le problème. Le générateur fonctionne parfaitement, mais le rayonnement est par endroit trop puissant. Je pense avoir une solution.
  • Faites votre maximum Shepard, n’est-il pas possible d’avoir une meilleure prise en compte de l’instabilité du rayonnement ?
  • C’est à cela que je pensais, j’ai une piste pour intégrer un algorithme dans le logiciel de pilotage prenant en compte les aléas du rayonnement, dit Shepard d’une voix un peu excitée, fier de faire de la science de manière empirique.
  • Faites vite alors, j’y travaille aussi de mon côté et vous tiens au courant s’il y a du nouveau. »

Abramov se sentait rassuré de voir que Shepard avait une piste, surtout qu’il serait plus rapide et plus efficace que lui pour l’étudier. Après tout il était à bord de ce vaisseau pour cette raison, sa capacité à calculer, modéliser, enfin bref comprendre.

Perreira surveillait très attentivement toutes les données affichées à l’écran, mélange d’informations sur l’état du vaisseau et les variations du rayonnement solaire. Pour arriver à ce poste elle avait été mise en concurrence avec une centaine de pilotes d’aéronefs spatiaux. Cette mission était pour elle un accomplissement, mais elle comptait bien rentrer en vie, une famille l’attendait sur Terre.

Shepard programma une légère séquence dans le logiciel de pilotage, donnant à l’ordinateur de bord la capacité d’anticiper plus rapidement les changements dans le rayonnement solaire. Ce n’était pas le code le plus soigné ni le plus précis au monde, mais ceci permis au vaisseau de continuer sa route.

« Commandant, le pilotage est maintenant assuré, on devrait atteindre la chromosphère en un seul morceau.

  • Félicitations Perreira et Shepard, beau travail, mais restez quand même concentrés, nous ne sommes pas à l’abri d’une autre surprise. »

Le Huygens continuait de filer à toute vitesse à travers la couronne solaire. Ce vaisseau était une exception dans les règles physiques, un défi lancé à l’Univers. Se rapprocher ainsi de l’astre qui donne la lumière et la vie à la Terre, quel affront pensait beaucoup de monde. Mais l’esprit scientifique l’avait heureusement emporté, et plusieurs dizaines de milliards furent allouer à la réalisation du vaisseau.

Le tableau de bord affichait la limite de la chromosphère, maintenant très proche. Le générateur à antimatière n’aurait alors plus besoin de fonctionner au maximum de sa capacité.

« Bahrami, qu’en est-il de l’espace-temps sur les corps en ce moment ?

  • Le potentiel de gravitation du Soleil s’est fortement accru au sein de la couronne et ceci va en s’amplifiant. Je pense que nous allons gagner quelques années sur la Terre, dit le médecin-psychiatre, totalement fasciné par ce phénomène.
  • Essayez de préparer une note précise sur le sujet, ça sera à discuter lors du voyage retour. »

Bahrami n’était pas que médecin-psychiatre, il avait aussi le titre de biologiste. Ses diplômes et son travail sur la psychologie humaine dans l’espace, avaient convaincu le comité de direction de le sélectionner pour cette mission.

Le Huygens entrait maintenant dans la chromosphère qui fait deux mille kilomètres d’épaisseur, pour seulement quatre cents kilomètres pour la photosphère dont elle fait le tour. Filant à une vitesse maintenant bien supérieure à 50 000 km/h, le vaisseau ressemblait de l’extérieur à une bille qui pénétrerait dans l’eau. L’Homme ne s’était jamais approché aussi près de son astre, de son étoile qui rythme ses journées, ses saisons, et ses années. Cet astre qui permet la vie, qui permet de voir et donc de contempler. Cet astre qui sculpte la peau avec plus ou moins de douceur, et qui est un interdit absolu pour les yeux. Lumière, telle est la caractéristique essentielle que nous donne à voir le Soleil. Dans toute sa complexité, la lumière est son expression la plus visible sur Terre.

Les capteurs en éveil, le Huygens récoltait une quantité vertigineuse d’informations sur le Soleil, son fonctionnement, ses origines, et donc son futur. Tout ce chemin et tous ses risques pour comprendre comment fonctionne cette lumière, comme fonctionne l’astre dont la survie de l’Humanité dépend. Du Big Bang jusqu’au Soleil, de la lumière originelle jusqu’à la lumière quotidienne, l’Homme a toujours cherché l’origine de la lumière. La lumière essence de vie, la lumière rassurante, la lumière réchauffante, tous ces attributs lui ont donné une place de choix aux Panthéons des religions et de la science.

« Commandant, la mise en orbite est parfaite, aucune tempête solaire à prévoir.

  • Bravo Perreira, profitez-en pour souffler un peu, le voyage retour ne sera certainement pas de tout repos. »

Le voyage retour fut finalement bien moins dangereux que l’aller, et le Huygens parvint à s’extirper de l’attraction gravitationnelle du Soleil. La station orbitale Copernic attendait l’équipage et son vaisseau autour de Vénus. Vénus, la planète-étoile qui avait aussi fasciné l’Homme depuis ses origines, marquerait l’achèvement de cette mission historique.

Finalement les étoiles, comme les lampes, ne sont-elles pas là pour nous guider, nous amener à une meilleure compréhension des choses. De la lumière artificielle qui permet de travailler, se distraire, et voir, à la lumière des étoiles qui renferme les origines de l’Univers, il n’y a peut-être pas tant de différences, toutes deux sont des repères dans l’obscurité.

Une réflexion sur “Huygens

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