Lux in Tenebris

Lux in Tenebris

Prologue : Voici une nouvelle que j’ai écrit pour un concours en 2015. Orientée action, mes sources d’inspiration ont été multiples. Pour ma part, je trouve qu’elle prend une orientation « Script » qui est certainement le fruit de ma passion pour les jeux de rôles et la préparation d’histoires.


Lux in Tenebris

Je m’appelle Ace Jefferson, canadien de naissance, j’ai intégré l’armée dès ma majorité. Je pensais défendre mon pays contre les terroristes, je me retrouve maintenant à protéger ma planète contre les envahisseurs. La guerre dure depuis quatre ans, quatre ans de misère et de destruction. On a été pris en traitre, au beau milieu de notre propre troisième guerre mondiale. Personne n’a rien vu venir, ils ont débarqué sur les grandes capitales de chaque continent et depuis c’est le chaos, on se bat pour notre propre survie. Jamais la guerre ne s’est autant imposée à nous.

09:00– 01/02/2027

« Officiers de l’Armée Terrienne Unifiée (ATU), bonjour.

Comme vous le savez déjà, dans quelques heures nous lancerons l’opération Du Plomb à la Lumière visant à libérer la ville de Paris. Cette ville sera notre tête de pont en Europe pour soulager les fronts russo-chinois et arabo-africains. Cette ville est aussi le centre de gestion de l’ennemi de ses camps de gestation, je n’ai pas besoin de vous rappeler ce que fait l’ennemi des femmes… » Le Général laissa passer quelques secondes pensives après ce propos, puis repris le briefing.

« Le plan est le suivant. A 19:00 nous embarquons à bord des Chinook. A 21:00 nous arriverons dans la banlieue Nord-Ouest de Paris. Le terrain aura été préparé par l’armée de l’air et les tirs de missiles de croisière de la marine. Le premier objectif est le secteur de La Défense. Ce secteur comme le reste de la ville de Paris est inaccessible pour nos chasseurs, il nous revient à nous, armée de terre, de faire tout le boulot. La Défense est devenue un centre de commandement de l’ennemi, nos experts ont détecté de nombreuses communications vers l’espace en provenance de ce secteur. Il est primordial de couper leurs communications pour reprendre possession de Paris avant l’arrivée de renforts. »

Le général continua de présenter le plan de bataille en visio-conférence devant tous les officiers de l’ATU qui allaient participer à l’opération. Ace Jefferson qui était devenu rapidement lieutenant malgré son manque d’études, écoutait attentivement les propos du général pour deviner dans quel guêpier les types des bureaux stratégiques avaient décidé de les condamner, lui et tous ses camarades provenant du monde entier.

L’ennemi, on nommait ainsi cet envahisseur venu de l’espace. La guerre avec cette espèce venue d’ailleurs était d’une brutalité, d’une cruauté et d’une violence bien pire que ce que les humains avaient pu se faire entre eux. Ici aucune fuite, aucun cessez-le-feu, aucune rédemption possibles. Nous n’étions pas de la même planète, nous n’étions pas de la même espèce, et nous ne ressentions pas les mêmes sentiments. Depuis quatre ans, chaque territoire cédé à cet envahisseur condamnait les femmes à devenir de simples reproductrices. Oui c’était bien cela le pire avec cet ennemi, plus le temps passait, plus on affrontait nos semblables, mais des semblables sans âmes, sans buts, sans libre arbitre, conçus uniquement dans le but de nous détruire. L’ennemi retournait nos gènes et notre sang contre nous-mêmes, ajoutant un malaise psychologique à cette guerre déjà si insoutenable. Très rares étaient les femmes qui avaient pu s’échapper de ces camps de gestation, mais leurs récits étaient effroyables. Grossesse accélérée, manipulation génétique, exécution des mères fatiguées. On était du bétail, un simple morceau de viande dont l’intelligence qui nous semblait si chère ne nous donnait aucun droit.

Jefferson tournait souvent en boucle ses pensées dans son esprit toujours à la limite de la folie à force de quatre années de guerre intenses. Une attaque pouvait survenir à n’importe quel instant en tout point de la Terre. Des rumeurs circulaient à propos du grand soir nucléaire si cette opération se révélait être un échec. L’Amérique était en grande difficulté, le front russo-chinois au bord de la rupture au niveau de l’Oural et les forces arabo-africaines commençaient à manquer cruellement de ressources. Capturer Paris, centre stratégique de l’envahisseur, revêtait un caractère sacré pour l’avenir de l’humanité.

Quelqu’un tapait à la porte de la chambrée de l’escouade. Pas Julien qui serait rentré sans prévenir. C’était un coup léger et subtil, Jefferson pensa à Noria, se leva et vint lui ouvrir. C’était bien elle, toujours aussi belle, même dans la tenue de soldat grise et noire.

«  Salut Ace, tu es seul ? demanda Noria en jetant un regard furtif vers l’intérieur de la chambrée.

  • Oui, je pensais aux ordres du général pour ce soir, tu les connais toi aussi, t’en penses quoi ?
  • Rien Ace, j’ai pas envie d’en parler. Tout ce que je sais c’est que c’est peut-être notre dernier jour ensemble. On sera sûrement mort ce soir, on devrait peut-être oublier les ordres et les règles pour une fois », dit Noria en regardant langoureusement Ace de ses yeux marron tirant sur le caramel.

Ace et Noria se fréquentaient subtilement depuis quelques semaines. Il était interdit pour deux militaires d’entretenir une relation sentimentale, mais l’un et l’autre n’avaient pu longtemps garder secrets leurs sentiments. Ils profitèrent de cette intimité éphémère pour avoir un court moment en couple, un court moment de paix et d’amour avant le déluge de plomb et de feu qui les attendait.

14:00

Le repas était passé et Noria était repartie dans le baraquement de sa compagnie. Ace espérait la revoir demain sur le champ de bataille. L’idée de la perdre hantait son esprit, il savait que cette bataille ne serait pas comme les autres. Le général n’avait évoqué aucun plan de retraite, aucune alternative, c’était la victoire ou la mort.

Ace notait tous les événements importants et les batailles auxquelles il avait participé dans son journal, il en était à son cinquième. Ses soldats le surnommait le scribe et avaient déjà essayé de savoir ce qu’il pouvait bien noter sur eux. Il avait commençait son premier journal dès le premier jour de l’invasion. Son cerveau n’avait trouvé que ce mécanisme pour rester stable, coucher sur papier l’invraisemblable pour rester concentré sur la vie réelle au quotidien. Les premiers jours de l’invasion furent d’une rare violence. Les armées étaient déjà en plein affrontement que cet envahisseur entrait brutalement dans la danse, avec l’objectif affiché de la mener jusqu’à la fin à son avantage. Les Nations-Unies élurent assez rapidement un Gouverneur mondial et une armée internationale, l’ATU, fut créer pour organiser plus efficacement la riposte. Ace Jefferson signa tout de suite, il sentait que cette armée avait du sens, qu’elle portait un message politique dépassant de loin ses prérogatives.

L’Opération Reconquête du Désert fut le premier véritable succès pour l’ATU. L’ennemi avait entrepris de prendre possession des puits de pétrole du Moyen-Orient. L’ATU, forte de son équipement alliant le meilleur des plus grands laboratoires mondiaux, parvint à reconquérir ces points stratégiques vitaux pour la machine de guerre humaine. Ce que les soldats virent sur le territoire annexé par l’ennemi ne resta pas longtemps secret défense. Des cadavres humains dans des armures extraterrestres, aux yeux vides, sans âmes. Ils trouvèrent des femmes enchâssées dans des cocons reliés par des tubes à des réservoirs de nutriments. Les enfants semblaient ensuite être soumis à une alimentation spéciale pour les rendre adulte en quelques mois. Des corps ouverts, des banques d’organes, les humains étaient réduits à du bétail destiné à la guerre.

16:00

« Peloton, ce soir l’ATU va mener sa plus grande opération depuis le début de cette guerre, dit Ace d’un ton inspirant la confiance malgré ses doutes intérieurs sur l’issue de l’opération.

Dans trois heures nous allons embarquer dans les Chinook qui nous déposeront aux abords de La Défense en France, près de la ville de la Paris. Nous devons reprendre ce centre de commandement ennemi pour lui couper toute communication vers l’espace. Ensuite l’ATU marchera sur Paris afin de libérer cette capitale et de briser la machine de guerre de l’envahisseur en Europe. Les camps de gestation sont à la fois une atteinte à notre humanité et le moteur de l’armée ennemie. Pour ces deux raisons nous devons obtenir la victoire ce soir, dit Ace en pensant au général et à son style : inspirer confiance et dévouement.

  • Lieutenant, avez-vous des précisions sur les forces ennemies que nous allons rencontrer ? dit Julien curieux à l’idée de savoir si l’état-major avait la moindre idée du merdier qu’il réservait aux troupes.
  • Les forces aériennes et navales vont nous ouvrir la voie jusqu’à La Défense. Ensuite nous pouvons nous attendre à rencontrer le meilleur de ce qu’a à offrir l’ennemi, notamment beaucoup de nos semblables lobotomisés. D’autres questions ?

Personne ne répondit, chacun était pensif quant à l’opération et voulait quitter la salle de briefing pour profiter d’un dernier moment au téléphone avec un proche encore en vie.

  • Bien, rompez soldats. Rendez-vous à 17:00 à l’armurerie. » Ace sentait que ses hommes n’étaient pas confiants, il espérait que l’état-major savait vraiment ce qu’il faisait.

Il reprit son carnet et écrivit quelques notes. Il se rappela les émeutes populaires quand l’envahisseur captura les femmes par milliers dans les zones qu’il contrôlait. Personne n’avait rien vu venir. Personne ne surveillait attentivement l’espace alors que les moyens techniques ne manquaient pas. Les armées étaient divisées et affaiblies, les gens étaient en colère. Plusieurs gouvernements tombèrent et cette invasion remit sérieusement en questions les comportements mortifères de l’homme avec ses semblables. Cet envahisseur ne communiquait pas avec nous, il capturait les femmes et les engrossait comme du bétail sans dire un mot ou avoir un regard coupable. L’homme avait pris conscience de l’indifférence dont il était victime par cet envahisseur d’un autre monde. Pas d’affinités biologiques, pas d’histoire commune, rien ne nous rapprochait. Les pires dictatures qu’avait connu le monde étaient encore bien trop humaines par rapport à cet ennemi venu des étoiles.

17:00

Le peloton était devant l’armurerie. L’équipement du soldat de l’ATU était le fruit d’un travail collaboratif entre les différents laboratoires militaires du monde. Il avait fallu deux ans de guerre contre l’envahisseur pour qu’enfin les états-majors se décident à accepter des transferts massifs de technologies.

Face aux armes de l’envahisseur, la mobilité et la réactivité étaient les meilleurs atouts du soldat. La tenue était donc très légère et peu protectrice, de toute façon rien ne protégeait efficacement des armes employées par l’ennemi. En revanche l’accent était mis sur la détection des menaces. Des capteurs étaient installés sur la tenue et dans le casque, puis avertissaient le soldat d’une présence hostile. Les tenues se reconnaissaient entre elles grâce à un code crypté, tout être vivant sans tenue était donc un potentiel hostile. L’arme quant à elle délivrait une grande puissance de feu dans un minimum d’encombrement. Fusil d’assaut spécialement conçu pour rivaliser avec les armes ennemies, il perdait en cadence de tir pour offrir une puissance de feu fatale aux protections légères. Les soldats de l’ATU bénéficiaient donc d’un entrainement au tir intensif pour tirer le maximum de leur meilleur compagnon de route. A cela s’ajoutait un long couteau de combat à la ceinture et une grenade thermobarique, seule capable de réduire en poussière les forces ennemies malgré leurs armures protectrices.

19:00

Les Chinook étaient prêts, les rotors tournaient et les portes d’embarquement étaient grandes ouvertes. Chaque peloton avait son hélicoptère qui l’attendait. Chaque peloton se précipita pour prendre sa place quand l’ordre d’embarquement fut donné à la radio. Des centaines d’hélicoptères décollèrent les uns après les autres. Depuis deux heures, les abords de La Défense étaient pilonnés, aucune résistance ne devait donc se trouver sur leur chemin.

Les Chinook, escortés par des hélicoptères Tigre, survolèrent la Manche puis s’enfoncèrent dans les terres. Le paysage était désolé, la politique de la terre brûlée avait été retenue contre l’ennemi et rien ne subsistait des villes françaises.

« Peloton, après le débarquement tout le monde à couvert. Faites attention aux bombes à disruption. Notre objectif est l’Arche de la Défense. L’ennemi y a installé son centre de commandement », rappela Ace Jefferson à ses troupes.

Les soldats étaient concentrés, aucun d’entre eux ne posa de questions. Chacun connaissait son rôle et les risques encourus.

21:00

Le bruit assourdissant d’une nuée d’hélicoptère couvrait les kilomètres à la ronde. Les Chinook se posèrent les uns après les autres dans les environs de Sartrouville et Houilles, avant de repartir aussi rapidement vers une position d’attente loin du front. Les Tigre veillaient sur les soldats qui se dirigeaient vers le premier couvert à vue.

« Peloton, débarquement, GO, GO, GO », cria Ace à plein poumons.

Les soldats coururent vers les ruines d’un immeuble à quelques dizaines de mètres. Tous emboitaient le pas d’Ace. Le dernier, Carl, transportait un lance-missiles en plus de son fusil d’assaut. Cette arme lourde pouvait abattre un mur de béton, ou pulvériser l’armure de l’ennemi.

Une fois à couvert, Ace leva la tête pour observer les environs et vit La Défense. Les gratte-ciel encore debout reflétaient de nombreuses lumières bleues pointant vers le ciel.

« Peloton, on va couvrir le régiment sur son flanc droit. Direction le couvert à 200m à 02:00 », donna Ace comme ordre en voyant les autres pelotons progresser vers l’objectif.

Les lumières éclatantes des fusils laser avec leur bruit strident si caractéristique ne tardèrent pas. Les premiers soldats tombèrent au sol, une partie du corps calcinée à vif sous l’effet du choc. Des coups de feu ripostèrent, face à eux, des humains en armure inconscients d’affronter leurs semblables.

Ace continua à courir, les Retournés comme on appelait ces humains ennemis, pouvaient être contournés. Il savait que Noria faisait partie d’un peloton au centre de la compagnie, face aux armes laser.

Courir, vite, la tenue se chargeant de la détection d’hostiles. Couvert en vue, glissade contrôlée pour se cacher derrière. Reprendre son souffle, jeter un coup d’œil et voir 3-4 retournés en train d’arroser ses camarades.

« GRENADE », lança Ace à son peloton

Il décrocha la grenade thermobarique de sa ceinture, la dégoupilla, puis la lança droit sur les hostiles.

BOUM

La grenade venait d’exploser au-dessus du sol, son gaz s’infiltrait partout dans un rayon de 30 mètres, pénétrant dans les moindres interstices des armures ennemies.

BOUM

Deuxième détonation, le gaz s’enflamma instantanément et leurs armures prirent feu de l’intérieur. Les retournés se mirent à hurler, lâchant leurs armes pour essayer d’éteindre l’incendie qui les brûlait de l’intérieur. Il était étrange de tuer quelqu’un qui n’avait même plus conscience de sa propre existence.

Les soldats de l’ATU reprirent leur progression. Quelques éclaireurs donnaient des coordonnées aux navires pour effectuer des frappes à l’aide de missiles de croisière. Le terrain devait être déblayé au maximum pour permettre une avance rapide.

Le peloton de Ace n’était plus très loin du pont de Bezon.

« Compagnie, dispersion et à couvert », lança le Commandant O’Brien à l’ensemble des troupes sous ses ordres.

Toutes et tous entendirent un sifflement dans l’air, un drone, puis ils virent un missile fendre l’air au-dessus de leur tête. Il explosa derrière le pont du côté hostile et une onde de choc électrique souffla la zone. Les radios et les tenus crépitèrent, tout le monde attendait.

« Compagnie, deux minutes pour franchir ce pont, alors on se bouge ! » tonna le commandant à la radio.

Les hommes coururent, l’équipement continuait à souffrir suite à cette attaque électromagnétique, mais il tenait le coup. Les hélicoptères Tigre arrosaient la zone à l’avant des troupes pour faire diversion. Quelques-uns subirent de violents tirs de laser qui les découpèrent en deux comme une feuille de papier. Dès que les troupes eurent passé le pont, les pilotes se dépêchèrent de quitter la zone pour se mettre hors de portée des batteries laser.

Les soldats progressaient maintenant vers les ruines de Garenne-Colombes, suivant les traces de l’ancienne D992.

Soudain, une salve de projectiles siffla en l’air en direction de la compagnie.

« BOMBE A DISRUPTION, A COUVERT », cria Ace à ses troupes.

L’onde de choc émit un bruit sourd et des corps volèrent brutalement contre l’obstacle le plus proche. Une deuxième onde de choc souffla des soldats un peu plus loin, puis une troisième et une quatrième. Un silence de plomb tomba sur la compagnie dont l’avancée triomphante venait de s’assombrir.

« Lieutenant, lieutenant, ça va ? demanda Saïd, un soldat du peloton d’Ace Jefferson.

  • Oui, un peu sonné, comment va le peloton ?
  • Bien, tout le monde est en vie, on a eu de la chance.
  • Et la compagnie ? demanda Ace en commençant lentement à se relever.
  • Moyen lieutenant, beaucoup de soldats brisés. »

Ace forçait sur ses jambes pour se relever et chercha de la main gauche son micro pour contacter le lieutenant de Noria. Elle était sergent, sous les ordres du Lieutenant Miguel. Des soldats brisés par l’onde de choc jonchaient le sol plus loin. Ces bombes à disruption vous broyaient les os de l’intérieur, faisant de vous un cadavre mou, indemne de l’extérieur, mais cassé et aux multiples hémorragies à l’intérieur.

« Lieutenant Jefferson appelle Lieutenant Carmo, demanda Ace d’une voix inquiète.

  • Lieutenant Carmo, qu’il y a-t-il ?
  • Comment se porte votre peloton ?
  • Bien, un blessé léger, David, et vous ?
  • On a réchappé belle mais tout va bien.
  • Heureux d’entendre ça, d’autres on subit de sacrées pertes.
  • Je sais, … » Ace fut interrompu par la voix du Commandant.

« Position de mortiers à disruption à 02:00, Jefferson et Carmo allez-y. Nettoyez moi ces enfoirés pendant que la compagnie reprend ses esprits. »

Les ordres étaient clairs, les deux pelotons se mirent en route. Ils entendirent les retournés s’affairer au rechargement de leur mortier.

Un tir de laser toucha Théo en plein cœur, juste à droite d’Ace. Tout le monde se mit à terre, le pauvre était mort sur le coup. La position était défendue mais il fallait agir vite. Les deux lieutenants se mirent d’accords pour encercler la zone. Ace mena ses troupes sur le flanc droit avant d’esquiver une salve de laser stoppant net sa progression. L’usage de grenades thermobariques était impossible, l’explosion déclencherait celle des bombes à disruption.

Quelques soldats sur le qui-vive au sein des deux pelotons, se levèrent, et coururent trouver un couvert pendant que leurs camarades protégeaient leur progression avec un tir de couverture.

Balles contre laser, plomb contre lumière, les échanges de tir étaient violents et l’ennemi avait bien préparé l’embuscade. Un tireur était planqué au premier étage d’un immeuble en ruine, deux autres derrière des carcasses de voiture et derrière un muret il y avait les servants du mortier.

L’un des hommes d’Ace tomba à terre, le mollet réduit en cendre par un tir de laser. Il hurla de douleurs, les deux mains autour du trou dans sa jambe.

« Je suis touché, je peux plus bouger, lança le soldat.

  • Ne bouge pas, on va venir te récupérer, dit Ace pour le rassurer.
  • Prenez pas de risque pour moi, je vais ramper jusqu’à vous »

Le soldat se mit à ramper en direction d’Ace à la force de ses bras. Ce mouvement ne lui porta pas chance puisqu’un nouveau tir de laser lui traversa cette fois-ci le bras droit. Il roula sur lui-même en tenant sa plaie pour essayer de calmer la chaleur qui irradiait dans sa chair.

« Qu’est-ce qu’on fait Lieutenant ? Demande le Sergent Castel.

  • Rien malheureusement, l’ennemi n’attend que ça, lui répondit Ace avec le regard désabusé du militaire qui en a déjà trop vu.
  • Bruno, j’ai un homme à terre et l’ennemi est bien retranché. On n’y arrivera pas sans prendre de risques, dit Ace à Bruno
  • Et nous manquons de temps. Alors je te propose de faire ça de manière classique, la moitié qui couvre, l’autre moitié qui donne l’assaut.
  • Très bien, contact dans 10 secondes pour donner l’assaut. »

Un dernier tir de laser acheva le pauvre soldat mourant, le laissant à terre avec sa chair encore fumante à l’endroit des impacts.

Ace répartit ses hommes, une moitié pour courir avec lui, l’autre pour restreindre au maximum la puissance de feu de l’ennemi. Les deux lieutenants donnèrent ensuite le top et les tirs fusèrent en direction des retournés. Des centaines de projectiles martelèrent les murs et les épaves de voitures. Les hommes à l’assaut couraient le plus vite possible pour se mettre eux-mêmes à couvert à quelques mètres des retournés. Ces derniers tiraient à l’aveuglette pour rester cachés. Les lasers fendaient l’air dans tous les sens et malgré le manque de précision, un des soldats du lieutenant Carmo se fit transpercer l’abdomen.

Tous se jetèrent à couvert une fois parvenu à destination.

« Marc, quand je sors ma tête tu descends cet enfoiré dans l’immeuble », donna comme ordre Ace à son meilleur tireur.

Toujours dans l’idée de montrer l’exemple, Ace fit diversion en relevant la tête par-dessus le muret en ruines. Il en profita pour jeter un coup d’œil au mortier et vit qu’il était trop tard, les retournés s’apprêtaient à tirer. Il aperçut le canon du fusil laser du retourné à l’étage, et au moment où il crut contempler sa propre mort, il entendit la détonation du fusil d’assaut de Marc. Une courte salve de trois balles, du 12,7mm amélioré, percuta l’ennemi de plein fouet, le faisant tomber en arrière. Ace se remit accroupi et voulu prévenir la compagnie, quand tous entendirent le mortier tirer ses bombes à disruption, quatre bombes qui allaient encore semer le chaos dans leurs rangs.

D’un hochement de tête, les deux lieutenants se mirent d’accord et ordonnèrent l’assaut à leurs hommes. Les servants du mortier furent criblés de balles avant de pouvoir réagir, les deux autres retournés répliquèrent et blessèrent trois soldats avant de mourir. Ils entendirent le bruit sourd de l’onde de choc des bombes à disruption, et se dépêchèrent d’aller prêter main-forte au reste de la compagnie.

Une fois sur place, la surprise fut agréable. Tout le monde s’éteint mis à couvert.

« Bon boulot Ace et Bruno, je vous veux à côté de moi, on va bientôt arriver sur le site de la Défense », dit le commandant d’une voix exprimant à la fois un ordre et de la fierté.

Les troupes de mirent en route et Ace réussit à échanger un regard complice avec Noria. Les tours de La Défense étaient maintenant proches et la zone en meilleur état. Les immeubles avaient été moins atteints par les bombardements intensifs de l’ATU.

00:00

Les tours imposaient leur présence dans l’obscurité nocturne. De puissants faisceaux bleus pointaient vers le ciel et transperçaient les nuages.

« Position ennemi à 11:00, 300 mètres », dit un éclaireur.

La zone était bien défendue et la partie difficile de la mission se tenait droit devant eux.

« Compagnie, voici notre objectif, droit devant vous. Le centre de commandement ennemi se trouve dans l’Arche de La Défense. Détruire leurs moyens de communication est essentiel pour le reste de la mission », dit le commandant d’une voix grave.

Les soldats prirent position en vue d’attaquer les quelques ennemis retranchés. Cette fois-ci une mitrailleuse avait été signalée. Ce genre d’arme pouvait faucher un peloton imprudent en quelques secondes.

« Formation ennemi à 03:00, une dizaine de retournés », dit le même éclaireur qui avait trouvé refuge dans un immeuble proche.

Le commandant chargea Ace et Bruno d’éliminer la dizaine de retournés en approche. Il fallait surtout éviter d’être encerclé par des tirs de laser.

Les deux pelotons contournèrent largement la position défensive pour aller à la rencontre de l’escouade ennemie. Dix retournés, dix fusils laser, cette menace n’était pas à prendre à la légère. Les soldats se mirent à couvert, bien dissimulés sur la trajectoire de l’escouade ennemie. Ils marchaient avec un pas de patrouille, l’arme à la main mais le canon baissé. Leur regard vide de sens était parfois plus effrayant que l’arme dont il disposait.

Ace donna l’ordre à deux de ses soldats de préparer une grenade thermobarique. Les retournés se rapprochaient d’eux.

« 5-4-3-2-1-Grenade », donna comme ordre Ace après avoir décompté les secondes avec sa main droite.

Les deux hommes jetèrent leurs projectiles en direction de l’ennemi. Les retournés virent arriver les grenades et certains eurent le temps de trouver un abri. Deux explosions plus tard, la zone était soufflée. Bruno envoya deux soldats vérifier que tout le monde était mort. Une embuscade en appelle une autre, un retourné survivant coupa en deux les soldats avec une salve bien placée. Dans l’action un soldat jeta une troisième grenade sur sa position. Le retourné chercha à fuir mais fut immédiatement abattu dans le dos.

« Ace et Bruno, on a besoin d’aide ici, contournez à 03:00 la position défensive », donna comme ordre le commandant.

Les deux pelotons se mirent en route, ils pouvaient apercevoir la mitrailleuse ennemie arrosant leurs camarades et attaquant sérieusement les débris en béton derrière lesquels ils s’étaient mis à couvert.

« Carl, fais-moi sauter la position défensive », dit Ace d’une voix forte.

Le soldat se mit en position, posa fermement le lance-missiles sur son épaule, activa la visée télémétrique puis fixa la cible. Tous attendaient le tir. Le missile quitta le tube, fendit l’air d’un bruit strident et frappa le mitrailleur de plein fouet. La zone fut soufflée sur 40 mètres, mais le bruit avait dû être entendu de loin, de trop loin.

La compagnie reprit l’assaut du secteur une fois ce point de blocage effacé. Aucun bruit, aucune réaction, ce silence était étrange, inquiétant, où était l’ennemi ?

Ace vit l’Arche, elle contenait maintenant une boule sphérique en sustentation au-dessus du sol. Des câbles reliaient la sphère aux gratte-ciel et ces derniers pulsaient des rayons bleus vers l’espace profond. L’ennemi utilisait ces faisceaux lumineux pour communiquer et appeler des renforts si nécessaire. Il fallait empêcher toute communication avant qu’il comprenne l’ampleur de l’attaque de l’ATU.

Le peloton de Bruno se dirigea vers la sphère et escortait deux ingénieurs chargés de couper les communications. Ace et son peloton s’y dirigeaient par un détour pour s’assurer qu’aucun ennemi n’était caché dans l’entrée du métro près de l’esplanade.

« Compagnie, on se bouge, l’ATU vient de lancer l’assaut sur Paris. On compte sur nous pour couper ces communications », assena le commandant par radio.

Ace sentit quelque chose d’étrange dans cette entrée de métro, proche de l’odeur forte maintenant connue de l’ennemi. Il y a avait quelque chose sous terre.

Le sol s’ouvrit sous les pieds du peloton de Bruno, des explosions sourdes brisèrent la dalle en direction de la compagnie.

Face à Ace sortait un démon, un vrai ennemi, celui venu de l’espace. On les nommait démon car leurs yeux étaient rouges et leur armure équipée de griffes rétractiles. Ils appréciaient le combat au corps-à-corps et éventrer leurs ennemis, les laissant mourir dans d’atroces souffrances.

Les soldats ouvrirent le feu mais il était rapide, se déplaçant en bonds d’un mur à l’autre de l’escalier. Ace n’eut pas le temps de donner un ordre que le démon, dans un bond fulgurant, sauta en l’air un soldat embroché accroché au bout de ses griffes. D’un rapide coup d’œil, Ace constata que la situation était partout la même, l’ennemi en personne avait tendu une embuscade aux forces de l’ATU.

« Repli, sortez vos couteaux », hurla Ace dans le micro pour couvrir les tirs.

Le démon venait de rebondir une fois sa victime au sol, se servant du corps comme appui pour sauter à nouveau sur un autre soldat. Ce dernier l’esquiva mais trop lentement pour échapper au coup de griffes qui lui lacéra le torse.

Le peloton s’éloigna du démon et les soldats rangèrent leurs armes à feu au profit du plus traditionnel, mais ô combien moins dangereux dans une telle situation pour leurs camarades, couteau de combat.

Un sourire malicieux se dessina sur le visage de l’extraterrestre. Il regarda un instant le peloton d’Ace, puis partit en courant vers la sphère rejoindre ses frères.

Ace pensa alors à Noria, il voyait le peloton de Bruno subir une lourde contre-attaque de l’ennemi. Il partit en courant vers l’Arche, son peloton derrière lui. Une mêlée sans deuxième chance se déroulait au pied de l’Arche, une mêlée dont l’issue de la bataille dépendait.

Le démon allait vite, très vite, et chargea le peloton de Bruno bien avant que celui d’Ace puisse réagir. Trois extraterrestres décimaient les soldats les uns après les autres, toujours sans réellement les tuer si possible, la souffrance l’emportait sur la mort.

Ace aperçut Noria qui avec deux autres soldats, couvraient un ingénieur en train de travailler sur la sphère. Les balles étaient assez inefficaces contre les démons. Leur armure fonctionnait avec un champ d’énergie qui absorbait celle des projectiles pour les neutraliser. Seules les attaques physiques à l’arme blanche ou les frappes aériennes pouvaient les tuer. La deuxième solution étant exclue vu la situation, il ne restait plus qu’à affronter ces abominations face à face.

Le peloton d’Ace arriva au corps-à-corps avec l’un d’entre eux. Le démon sauta bras tendus et griffes pointées en avant comme une torpille. Un soldat fut légèrement blessé mais un autre réussit à lui toucher une jambe avec sa lame. Le râlement de l’extraterrestre suivit cette première blessure.

Rapide, puissant et confiant, il faucha un premier soldat avant d’en décapiter un deuxième. Le peloton ne pouvait plus reculer, c’était le moment de l’abattre. Bryan, un gros costaud britannique parvint à lui enfoncer son couteau dans le bras. Paralysé ainsi, les autres soldats en profitèrent pour attaquer. Le démon blessa encore un soldat en lui ouvrant la cuisse, et griffa légèrement Ace sur son flanc droit. Heureusement la blessure était superficielle mais le matériau des griffes faisait que les blessures cicatrisaient très mal. A cause de cela, les soldats blessés trop grièvement se vidaient souvent de leur sang avant d’avoir pu être pris en charge par les médecins.

Il éventra ensuite Bryan avec un sourire satisfait, continuant à esquiver les attaques des soldats malgré un bras inutilisable. Alors l’un d’eux, Pierre, se jeta sur lui et l’agrippa au coup pour tenter de l’étrangler. Le geste était ambitieux et téméraire, et Pierre le paya au prix fort puisque le démon lui planta ses griffes en pleine tête. Mais cet instant d’inattention de la part de l’ennemi permit à Ace de porter le coup fatal, de lui planter son couteau de combat en plein coeur. Il maintint la lame en place, regardant avec haine et colère le démon droit dans les yeux. D’autres saisirent alors le bras de l’ennemi pour l’empêcher d’attaquer leur lieutenant. Lentement et non sans résistance, le démon mourut, la vie s’en allant de son regard perfide. Ace ne lâcha son couteau que lorsqu’il ne sentit plus aucun son ni aucune respiration émaner de l’extraterrestre.

Retirant sa lame et laissant tomber le cadavre, il tourna la tête vers la sphère et vit Noria en train de lutter pour sa survie face à l’un d’eux.

Un soldat était déjà mort, elle-même résistant difficilement malgré sa bravoure pour permettre à l’ingénieur d’accomplir sa tâche. Le démon écorcha son camarade en le retournant violemment pour le projeter face contre terre. Elle saisit alors sa grenade thermobarique et la dégoupilla. Bras tendu en l’air, grenade à la main maintenue inerte par son pouce, elle défia du regard l’extraterrestre qui jaugeait sa détermination.

Ace s’arrêta un instant dans sa course puis ordonna à ses hommes de rester en arrière en couverture. Il marcha vers Noria le plus discrètement possible pour ne pas éveiller l’attention de l’ennemi. Les deux se fixaient du regard, l’ingénieur transpirait à grande gouttes pour terminer au plus vite son travail.

Puis lorsqu’Ace fut à quelques mètres de la sphère, cette dernière s’éteignit et tous les rayons lumineux dirigés vers le ciel s’évanouirent.

Le démon les regarda tous les deux, surpris mais non effrayé. Il les dévisagea encore et Ace sentit un violent mal de crane. La seule image qui lui venait était une grande lumière éblouissante et une sensation de profonde détresse. Puis l’extraterrestre d’un bond quitta la zone et disparut malgré quelques tirs bien tentés de la part du peloton.

Ace avait toujours sa main droite posé sur son front, l’image avait disparu mais la sensation ne le quittait pas. Il voulait fuir sans savoir pourquoi.

« Compagnie, vous pouvez être fier de vous aujourd’hui. Nous avons accomplis notre objectif. Le reste de l’ATU va pouvoir délivrer Paris et les camps de gestation dès cette nuit. Continuez à sécuriser la zone, certains doivent encore être cachés dans les ruines. Les hélicos vont venir récupérer nos blessés. »

Le commandant était heureux, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas goûté à une si belle victoire. Malgré les pertes, l’objectif était ambitieux et l’ennemi venait de perdre une bataille importante.

Noria remit la goupille de la grenade et l’accrocha à sa ceinture. Sous le choc d’avoir frôlé la mort de si près, elle oublia les règles militaires et se jeta dans les bras d’Ace. Les deux se regardèrent, soulagés mais effrayés, effrayés par cette guerre, mais aussi surtout par leur amour qui les fragilisait.

« J’ai un mauvais pressentiment Noria, on doit se mettre à l’abri rapidement, chuchota Ace à son oreille gauche.

  • De quoi tu-parles ? lui répondit-elle.
  • L’extraterrestre, il m’a envoyé une image, un message, je sais pas pourquoi mais il l’a fait.
  • Ce sont des monstres Ace, regarde ce qu’ils font aux civils.
  • Je sais Noria, mais il a vu quelque chose en nous, il m’a averti de quelque chose.
  • Ok, ok. J’accepte de te croire mais tu me fais peur. Tu veux pas en parler au médecin ?
  • Plus tard, peut-être. Je vais dire à Bruno que nos pelotons aillent patrouiller là-bas. Il faut s’éloigner de cette zone », dit Ace avant de quitter Noria pour aller parler à Bruno.

Il lui affirma avoir vu des mouvements à 10:00 à environ 300 mètres, et qu’il souhaitait aller patrouiller avec lui si le commandant acceptait. Ace contacta alors le commandant pour lui faire part de ses observations. Ce dernier, ayant totalement confiance dans son lieutenant, accepta et l’envoya patrouiller à l’endroit indiqué. Les deux pelotons, ou plutôt ce qu’il en restait, se mirent en marche vers la zone indiquée par Ace.

« Tu sais pour toi et Noria, ça va se savoir maintenant. Moi je m’en fous, je peux même demander sa mutation si tu veux, dis Bruno qui s’était approché d’un pas tranquille d’Ace.

  • Je sais, et je te remercie de la proposition. Je vais bien voir ce que me réserve la hiérarchie. De toute façon j’ai assez combattu je crois, lui répondit Ace toujours inquiet par son pressentiment.
  • Je te comprends Ace, moi aussi j’en ai marre de cette guerre. Si j’avais une femme je penserais comme toi, mais j’en ai pas, alors je reste pour tuer des ennemis et jouer mon rôle.
  • Comme pas mal de monde ici je pense. Mais est-ce que le monde sera meilleur une fois la guerre terminée, j’en doute. Quand tu vois ce que pensent certains de l’ATU…
  • Oui mais c’est une autre histoire, une chose à la fois Ace, te pose pas trop de question », répondit Bruno accompagné d’une tape sur l’épaule.

Ace les guida bien plus loin que prévu, arguant qu’il voulait être certain que la zone était sûre.

« Compagnie, on a quelques problèmes de communication avec le commandement. Soyez vigilant. Officiers, l’état-major nous croit encerclé par l’ennemi et vient d’envoyer un appui aérien. Je ne sais pas ce qu’ils  foutent et en plus on n’arrive pas à les contacter », dit le commandant inquiet, réservant la deuxième partie de son message à ses lieutenants.

Les pelotons de Bruno et Ace étaient déjà à 500 mètres de l’Arche, et d’un regard mutuel ils comprirent qu’il valait mieux continuer à mettre de la distance.

Un bruit puissant de réacteur se fit entendre dans le ciel. Aigu pour un avion, les soldats cherchèrent du regard ce qui pouvait bien voler au-dessus de leur tête.

Puis plus rien, silence total, et quelques secondes plus tard un bruit métallique, comme une bouteille de bière que l’on décapsule. Ace fit signe à tout le monde de se mettre à couvert dans les ruines de cet immeuble. D’épais murs en béton devraient leur assurer une protection efficace.

Il regardait vers l’Arche, Noria à côté de lui, et vit les têtes se rapprocher de l’esplanade et de la sphère. Des têtes nucléaires tactiques, il se jeta en arrière et ferma les yeux juste à temps. Les quatre têtes explosèrent à quelques mètres de la sphère et l’emportèrent dans la déflagration. Le souffle contenu rasa l’esplanade et secoua fortement les gratte-ciel les plus proches. La lumière vive accompagnait de son feu ardent calcina les soldats qui ne s’étaient pas assez éloignés ou bien mis à couvert. Un fort vent s’engouffra dans les rues et passa à côté des pelotons de Bruno et Ace. Le bruit assourdissant de l’explosion et de la résonance dans les immeubles avait totalement imprégné leurs oreilles.

Tous attendirent quelques minutes avant d’oser relever la tête. Il faisait encore chaud sur la zone mais un certain calme était revenu. Alors ils se mirent en route vers l’esplanade pour porter secours au reste de la compagnie.

Ils croisèrent un soldat, incapables de l’identifier, qui marchait comme une ombre, le visage figé dans une expression d’effroi, avant de s’écrouler devant eux comme un château de cartes. Des cris de douleur provenaient de toutes les directions. Noria alla aider un soldat dont la botte gauche avait fondu sur son pied. Ace ne l’avait même pas vu quitter le peloton, il marchait vers ce qui restait de l’Arche, et commençait à comprendre l’image que lui avait transmis l’extraterrestre. Il savait, il avait lui-même sentit qu’un danger planait au-dessus de cette zone. Pourquoi avait-il alerté Ace et Noria ? Pour leur amour ? Ridicule pensa Ace. Pourtant, quoi d’autre puisque c’était la seule chose qui les différenciait des autres soldats à cet instant précis.

Quand Ace arriva sur l’esplanade, la sphère n’était plus là. Tout avait disparu et l’air était dense, rempli de poussière. Les radiations n’avaient aucune importance, il voulait comprendre, constater cet acte effroyable de son état-major, de sa propre armée.

L’opération du Plomb à la Lumière. Il se mit à rire comme un fou au milieu de l’Enfer. Lumière, l’état-major n’avait jamais précisé laquelle. Quelle bonne blague. Il avait cru à la lumière de la renaissance, de la victoire sur l’envahisseur, à la lumière de la ville lumière, Paris libérée. Mais non, c’était la lumière de la mort, celle de l’atome, qui était venu à sa rencontre.

Finalement cette guerre n’avait aucun sens, pas plus que les précédentes qui divisaient les hommes. Envahisseur ou non, l’homme restait l’homme, et le plomb ne menait jamais à la vraie lumière. La seule chose qui lui restait à présent, c’était Noria, son étincelle de lumière dans les ténèbres.

2 réflexions sur “Lux in Tenebris

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