Gaïa II

Prologue : Voici ma première nouvelle écrite dans le cadre du Prix du Jeune Écrivain de langue française. Je n’ai pas remporté ce concours mais ai obtenu une critique très constructive afin de m’améliorer. Ce n’est pas la version originelle puisque j’ai corrigé les erreurs qui s’y trouvaient. Je n’ai pas toutefois pas retravaillé le style pour conserver l’idée première intacte.

Bonne lecture.


Gaïa II

Gaïa II

 

Elle se réveillait doucement, d’un long sommeil profond de plusieurs années. La belle avait reposait son corps inerte pendant que son voyage s’accomplissait. Elle ne voyageait pas seule, du moins elle le pensait. Marie était son nom, elle avait été sélectionnée pour le programme Humanité Nouvelle de la corporation Neoworld. Scientifique reconnue en biologie, son code génétique stable et quasi parfait lui avait permis d’être acceptée.
Elle était engourdie et avait la sensation de se réveiller après une soirée trop bien arrosée. C’était la conséquence du liquide amniotique synthétique des cellules de maintien. Ces sarcophages modernes maintenaient le corps dans un rajeunissement éternel, permettant des voyages de longue durée.

Elle ouvrait les yeux, voyant que le verre de protection de la cellule était ouvert mais que la pièce flottait dans une pénombre anormale. Elle tenta de se redresser mais ne put le faire, contrainte d’attendre que les substances dynamisantes qui lui avaient été injectées pour son réveil fassent effet. Elle pouvait quand même tournait la tête et en profita pour observer les alentours, mais tout était trop sombre et personne ne semblait l’attendre.

Au bout d’une très longue heure, que le temps semble long après des années de sommeil, elle parvint à sortir en douceur et prudemment de sa cellule. Son corps était encore recouvert du liquide de synthèse et sa priorité était de prendre une douche, de toute façon c’était la première chose à faire dans le protocole.

Heureusement des éclairages d’urgence offraient leur pâle lumière rougeâtre, lui permettant de trouver son chemin dans cette obscurité. Elle parcouru les quelques mètres qui la séparaient des douches et ouvrit la porte, trouvant encore une fois une pièce sombre. Personne à son réveil, plus d’éclairage automatique, tout ceci commençait à l’inquiéter.

L’eau était bien chaude, quel plaisir, car il lui fallut du temps pour laver correctement ses longs cheveux et les libérer de ce liquide gluant et collant. Elle constata que la peau de tout son corps était magnifique, douce et lisse. C’était l’un des effets secondaires positifs du liquide, il avait des propriétés anti-rides et nourrissantes très puissantes. La compagnie n’avait pas voulu communiquer sur les effets secondaires dangereux, inutile d’inquiéter l’équipage disait-elle.

Elle prit l’une des serviettes qui pendait près des douches, aucune ne semblait avoir servie depuis longtemps, se sécha et s’habilla d’une simple robe blanche en soie. La chaleur dans le vaisseau était bonne et cette tenue éviterait des irritations de sa peau fragile après des années passées en cellule.

Il lui fallait à présent se restaurer et elle prit alors la direction des cuisines. Avec cette obscurité elle était heureuse de trouver des plans rétroéclairés du vaisseau à intervalle régulier. Rien d’anormal dans ces longs couloirs de métal, et elle ouvrit la porte de la salle à manger qui menait à la cuisine.

Elle se dirigea vers les cuisines et se prépara un bol de céréales au lait, avec plusieurs verres de jus différents. Le premier petit déjeuner post sommeil était très réglementé.  Il ne fallait pas alourdir le corps avec trop de nourriture solide, mais au contraire le réhabituer lentement au cycle de la digestion.

Elle eut du mal à avaler tous ces liquides mais y parvint, puis plaça la vaisselle utilisée au lave-vaisselle automatique avant de décider de se rendre à la salle de commandement. Il était totalement anormal qu’elle n’est vu encore personne jusqu’à présent.

D’un pas décidé et dans un esprit anxieux, elle se dirigea vers la salle de commandement à l’avant du vaisseau. Le spectacle quelle eu à l’ouverture de la porte failli lui faire perdre connaissance. Elle trouva l’équipage, tout l’équipage, étalé sur le sol, inerte, mort. 99 personnes allongées paisiblement pour un repos éternel, sans rajeunissement ni vieillissement. Pourquoi, se demanda-t-elle. Non qu’elle les connaissait personnellement, mais ce vaisseau avec ses cadavres et son absence d’éclairage mettait à rude épreuve sa résistance mentale.

Les corps ne dégageaient pas d’odeurs et étaient encore recouvert du liquide de synthèse amniotique. Ce dernier avait dû maintenir leur état et empêcher la putréfaction. Cela signifiait que tous ces gens étaient morts avant même de prendre une douche pensa-t-elle. Mais pourquoi s’étaient-ils rendus à la salle de commandement.

Cette pénombre commençant à sérieusement l’angoisser, elle enjamba les corps et atteignit les ordinateurs centraux. Après quelques minutes à se remémorer ses cours de pilotage, cours de base donnés à tous les membres d’équipage, elle posa le doigt sur la touche qui gérait l’éclairage et la fit glisser vers le haut. Instantanément la lumière réapparut dans la salle, ce qui la soulageait grandement.

Une question vint avec plus de force à son esprit; pourquoi n’était-elle pas elle-même morte? Il lui fallait élucider ce problème car connaître la cause du décès de ses collègues lui éviterait peut-être de subir le même sort. Avant cela, elle préféra toutefois prendre le temps d’aller chercher tous les draps des couchettes, qui ne seraient plus jamais utilisés pour couvrir les corps des défunts. Il lui fallut du temps pour accomplir cette tâche et elle reconnut le commandant, le médecin chef, le pilote, tous les membres clés de l’équipage, l’air perdu, perdu dans les limbes de l’inconnu.

Une chose lui vint en tête après avoir recouvert les corps; où était le vaisseau? Leur objectif était la planète Gaia 2, vu comme une nouvelle Terre par la communauté scientifique. Elle se situait à plus de 30 années-lumière de la Terre, et orbitait autour d’une étoile de type solaire comme la Terre. Le vaisseau avait quitté la Lune en 2043 et l’arrivée devait avoir lieu en 2080. Elle vérifia la date sur les ordinateurs et l’écran indiquait bien 2080, plus exactement le 24 décembre 9h25 du matin. Ceci signifiait que le vaisseau était soit en orbite autour de Gaia 2, soit ailleurs, cette dernière pensée la fit frémir. Il lui fallait par conséquent trouver la commande actionnant l’ouverture des volets mécaniques de protection. Ces derniers enfermaient le vaisseau dans une coquille de blindage digne des meilleurs chars de bataille, le mettant le plus possible à l’abri des débris parcourant l’univers a plusieurs milliers de mètres par seconde.

Lorsqu’elle trouva la commande appropriée elle eut un doute. Ouvrir les volets signifiait affronter la possibilité de constater que le vaisseau était égaré. Elle aurait pu vérifier cette information grâce à l’ordinateur de pilotage, mais elle ne voulait pas actionner une mauvaise commande par erreur. Apres quelques minutes de lutte interne entre ses peurs et sa raison, elle actionna l’ouverture des volets. Un grondement métallique sourd résonna dans toutes les parois du vaisseau, faisant croire à sa destruction imminente comme un sous-marin qui plongerait trop profondément en mer. Les volets prirent du temps à s’ouvrir mais beaucoup de lumière s’infiltrait dans la salle de commandement, indiquant qu’un astre, quel qu’il soit, n’était pas loin.

À mi-ouverture Marie pu apercevoir une planète bleue, avec un dégradé de bleu azur sur sa bordure orientale là où son étoile devait briller, jusqu’à un bleu nuit profond sur son côté occidental. Elle reconnut les images satellites du télescope en orbite Hubble II, et sut quelle avait au moins la chance de ne pas être perdue dans les profondeurs de l’espace. Une fois les volets complètements ouverts, elle resta un long moment admirative, car cette planète, même si différente, lui rappelait la Terre, sa maison, son lieu de naissance. Le soleil de cette planète, qui avait une rotation sur lui-même semblable à la Terre, pointait sa lumière de plus en plus vers le vaisseau par la droite. Cette planète avait aussi une masse plus imposante, une fois et demie celle de la Terre, et deux satellites étaient en orbite, dont un ressemblant beaucoup a la Lune. Elle voyait les terres émergées de Gaia 2, elle distinguait deux continents massifs avec leurs chaînes de montagnes, leurs fleuves, leurs mers intérieures, leurs déserts de sable et de glace, leurs plaines et leurs forêts. Des masses nuageuses flottaient dans le ciel, comme de l’eau glissant sur une vitre. Elle ne voyait pas d’ouragan, c’était plutôt bon signe. Il n’y avait pas non plus de lumières artificielles émises depuis le sol, donc a priori pas d’espèce intelligente vivant sur cette planète, cela la rassura aussi grandement.

Elle allait enfin pouvoir utiliser ses connaissances et sa formation, il lui fallait lancer le processus d’analyse de Gaia 2 par les capteurs du vaisseau pour être certaine de sa compatibilité avec l’organisme humain. Elle lança les séquences informatiques nécessaires, puis l’horloge lui indiqua qu’il restait 48 heures d’analyse avant les premiers résultats. Il ne lui restait plus qu’à attendre, et alors une grande réflexion vint lui hanter l’esprit, remontant pernicieusement du fond de son inconscient; qu’allait-elle faire toute seule sur cette planète si les analyses concluaient à une possible colonisation? La mission de base consistait à installer une première colonie, puis les membres spécialisés dans la gestion du vaisseau tels que le pilote et le commandant, devaient rentrer sur Terre pour prévenir les autorités compétentes du succès de la mission. Mais maintenant elle était seule, et l’idée de se réinstaller dans le cocon pour un sommeil de 30 ans lui était horrible, ainsi que celle de dormir avec tous ces cadavres non loin. Il lui fallait vérifier quelque chose, quelque chose qu’elle avait caché aux responsables de la mission, et qu’ils n’auraient pas pu détecter puisque cela s’était déroulé la veille du départ. Elle s’était sentie seule et avait voulu vivre un moment agréable avant sa possible mort, qui n’était d’ailleurs pas passée loin vu ce qu’avait connu le reste de l’équipage.

Elle se dirigea vers le laboratoire d’analyses médicales, enjambant une fois de plus ces cadavres si stressant. Elle traversa quelques couloirs, éclairés cette fois ci, et ouvrit la porte du laboratoire. Dedans s’y trouvait le Scanner XIA à rayons X, infrarouges, ultrasons et rayonnement radioactif. C’était un bloc complet d’analyse, il suffisait de s’allonger, de refermer la deuxième moitié de cet œuf sur soi, et la machine pouvait vous analyser le corps sous tous les angles. Elle se déshabilla, enlevant sa robe de soie blanche, s’installa dans le scanner puis referma l’oeuf. Une image numérique apparut devant ses yeux où elle put programmer sa requête, l’analyse intégrale, puis elle enfila les lunettes de protection et se détendit. La machine en avait pour 30 minutes d’analyses avec le corps in situ, puis 2 heures d’analyses ultérieures. Des seringues vinrent la piquer pour prélever du sang, divers scans différents capturèrent des images de son corps, jusqu’à ce que la porte s’ouvre pour la libérer. Elle sortit alors tranquillement de la machine, se rhabilla, et décida de ramener le corps d’un cadavre pour en faire une analyse complète; pourquoi avait-elle survécu?

Analyse terminée pouvait-elle lire sur l’écran à son retour, le bouton résultat clignotant comme une publicité. Il lui fallait insérer sa carte d’identité personnelle pour obtenir la conclusion des analyses, ce qu’elle fit. Les résultats étaient clairs, elle était en parfaite santé et enceinte. Malgré le choc de se savoir attendre un enfant, ce résultat ne la surprit pas après la très agréable nuit d’avant le départ, et elle se sentait plus apte à s’installer sur cette planète. De toute manière les cocons n’étaient pas conçus pour abriter deux personnes, et le bébé allait certainement se développer rapidement après 30 ans d’attente, elle ne pouvait donc plus revenir sur Terre.

Elle installa le cadavre et referma le sas pour en demander une analyse complète depuis l’écran extérieur. La machine fournirait certainement des explications quant aux causes du décès.

Qu’allait-elle faire à présent, enceinte devant une planète inconnue mais attirante? Et au niveau génétique, comment pouvait-elle assurer le maintien du patrimoine génétique humain, seule avec son enfant. Elle retourna dans la salle de commandement pour réfléchir devant cette vue magnifique de Gaia 2. Une épaisse couche de nuage gris apparaissait, certainement une tempête en formation, mais rien de  grave à première vue. Avant de réfléchir à la justesse de s’installer sur cette planète, il lui fallait attendre les analyses environnementales et vérifier si la navette d’atterrissage était en bon état. Elle demanda donc un rapport complet des organes du vaisseau et de la navette de colonisation, qui conclurent sur le parfait état du matériel. Béni soit le pilote automatique pensa-t-elle.

Il était maintenant temps pour elle d’aller se préparer à manger un plat normal, solide. Elle se dirigea alors d’un pas décidé vers les cuisines, regardant au passage l’heure pour constater que dans une heure elle aurait, du moins elle l’espérait, des réponses sur les causes du décès de l’équipage tout entier. L’apesanteur artificielle avait rendu obsolète le besoin d’emmener de la nourriture sous vide, les astronautes pouvaient maintenant partager de vrais repas. Cependant la nourriture était stockée dans des cryocongélateurs pour stopper tout développement bactérien. Des fours robotiques autonomes à rayonnement intensif permettait de réchauffer la nourriture en quelques minutes, ces derniers alliant les ondes classiques des micro-ondes avec des rayonnements de type solaire. Marie eu envie d’un pavé de saumon avec des tagliatelles et un peu de crème fraiche, quelque chose comme des pâtes à la norvégienne, à 30 ans de voyage de la Terre. Le four robotique lui prépara tout ceci avec tout le soin et tout l’amour que peut mettre une machine programmée dans l’accomplissement de son œuvre. Elle s’installa, commanda un cocktail fruité sans alcool pour fêter le fait d’être encore en vie, et mangea lentement, savourant ce mélange de saveurs enfin retrouvé. Ce repas fut l’occasion de réfléchir, réfléchir sur elle-même et sur la mission. L’homme avec qui elle avait eu une brève relation d’un soir s’appelait Paul. Il était technicien opérateur des crans d’amarrage du vaisseau, elle l’avait rencontré lors d’une de ses balades autour de l’engin. Elle avait passé beaucoup de son temps libre à observer la construction du vaisseau, premier dans son genre. Ceci lui avait permis de discuter avec lui d’abord du vaisseau, puis de la base, de la Terre et enfin de leurs vies. Peut-être était-elle tombée amoureuse, elle ne le sait pas, mais elle ne pouvait nier une attirance et une sympathie sincères. Alors avant le départ ils dérogèrent au protocole, et passèrent la soirée et la nuit ensemble, profitant de tous les instants de ce bref moment.

Qu’allait-elle faire maintenant ? Elle aurait tant aimé l’avoir près d’elle. Seule, définitivement seule dans un système solaire inconnu, en face d’une planète étrangère et avec pour seules compagnies des cadavres et des robots. Il lui fallait aller de l’avant, elle le devait à son enfant, et donc un peu à Paul. Sur cette pensée, elle disposa la vaisselle du repas dans le lave-vaisselle et rejoignit le laboratoire. Elle vit que les analyses étaient terminées et se pencha sur l’écran de l’ordinateur. Aucune cause de décès physique n’avait été décelée, seulement des dérèglements chimiques au niveau du cortex cérébral. Certainement une réaction de folie, une dégénérescence qui avait conduit à l’arrêt de fonctions vitales, ou à des comportements mortifères. Cela ne la surprenait pas, après tout, qu’un produit sensé conserver hors du temps un corps humain pendant plusieurs décennies, puissent conduire sur l’autel de la mort ses bénéficiaires. Mais alors qu’est-ce qui avait pu la sauver? Les souvenirs réjouissants de la veille du départ, son sang-froid, son enfant, elle ne le savait pas mais pressentait que c’était un peu tout ça à la fois. Il se faisait tard maintenant, elle décida d’aller vers sa couchette, demain le vaisseau aura bien avancé dans l’analyse de Gaia 2, et elle expulsera les corps des défunts dans l’espace. Sa couchette était logée dans un petit espace individuel de 10m2, des photos de familles étaient accrochées au-dessus de son lit. Il y avait ses parents et elle lorsqu’elle avait 6 ans durant leurs vacances au Canada, au Nouveau-Brunswick. Il y avait fait froid et pluvieux, et les plages avaient été infestées par les méduses. De belles vacances, originales mais objectivement ratées, néanmoins elles constituaient un bon souvenir d’une époque facile, sans soucis. Il y avait une photo de son frère adoptif, Zaïdi, un libyen recueilli à l’âge de 5 ans par ses parents après les guerres arabes. Il était maintenant ingénieur en Thaïlande et avait en partie travaillé sur les systèmes embarqués du vaisseau. Il lui en avait beaucoup voulu de partir, lui disant qu’elle abandonnait sa famille, puis à l’approche du jour du départ il lui avoua qu’il admirait son courage, jamais il ne pourrait tout perdre à nouveau. Elle s’endormit doucement sur ses pensées, bercée par le ronronnement du vaisseau qui vibrait dans les parois. L’espace était un lieu paisible, morbide et en même temps abritant tous les potentiels et attirant tous les rêves.

L’alarme du réveil sonna de son bip-bip absolument désagréable, à 7h du matin heure terrestre. Elle se leva reposée, contente d’avoir passé une vraie nuit sans liquide gluant, perfusion, ni rêves qui tournent en boucle dans un esprit à l’arrêt dans l’espace-temps. Elle se vêtit de sa robe de soie et prit un petit déjeuner copieux composé de biscottes, de miel et de pâte à tartiner, quel plaisir de manger après 30 ans de sevrage pensa-t-elle. Elle marcha lentement vers la salle de commandement et regretta de ne pas avoir eu le courage de retirer les cadavres hier, ce qui lui aurait évité cette dégoûtante vue matinale.

Cela faisait environ 16 heures que les ordinateurs analysaient sous tous les angles cette planète. Il apparaissait que 60% de celle-ci était composée d’eau, l’atmosphère semblait respirable, une activité tectonique était toujours d’actualité et des formes de vie animales parcouraient la surface. Pour le moment les analyses étaient très prometteuses.

Marie entreprit alors d’éjecter les cadavres hors du vaisseau pour des raisons d’hygiène et de santé mentale. Elle demanda l’aide de robots transporteurs, se chargeant de surveiller leur travail. Les corps furent déposés dans le sas d’arrimage qui maintenait à l’époque le vaisseau à son point d’amarrage lunaire. À défaut de connaitre les us, coutumes et religions de chacun, elle garda le plus petit dénominateur commun à toutes et tous, l’espace. Elle souhaita donc bon voyage à tous ces astronautes, un bon voyage dans l’infini de l’espace peu importe ou cela les mènerais. Elle recula, ferma la porte étanche pour se désolidariser du sas, puis actionna l’ouverture de ce dernier. Des dizaines de corps furent alors instantanément aspirés vers le vide, formant un bouquet flottant dans l’espace. Quoique choquée par cette dernière vision, elle se sentait maintenant plus sereine à l’idée de ne plus croiser de cadavres, et en leur ayant fourni un rite funéraire qu’ils auraient sûrement approuvé. Elle décida d’aller vérifier la navette de colonisation et de commencer à y apporter ses affaires. La navette était à la poupe du vaisseau, non loin du complexe moteur. Cette navette était sensée transporter environ 80 personnes sur Gaia 2 et leur offrir le gîte et le couvert. Tout se trouvait à l’intérieur, nourriture, eau, systèmes de soin, couchettes, équipements de loisirs, tout le nécessaire à la vie. Ce confort permettrait de découvrir la nouvelle planète sans prendre de risques et sans contraintes de survie. Seule rescapée, la navette pourrait répondre à ses besoins, et à ceux de son enfant pour une longue durée. Elle parvint au sas d’entrée de la navette, l’ouvrit et pénétra dans cette dernière. L’entrée se faisait par une petite pièce de décontamination près de cockpit de pilotage. Cette pièce de décontamination avait pour rôle d’éviter que des membres d’équipage puissent ramener des virus ou bactéries dangereux à bord après leurs excursions. Elle atteignit le cockpit, prévu pour trois personnes, puis continua à travers les salles communes, jeta un coup d’œil au complexe moteur et revint au sas. Tout était en place et en bon état, il ne lui restait plus qu’à transporter ses affaires avant le trajet.

La journée passa normalement, plus reposante que la surprenante journée d’hier. Marie eut une idée pour solutionner le problème génétique. Des capsules de sperme étaient stockées dans un caisson cryogénique à bord du vaisseau. Il contenait environ une centaine d’échantillons provenant de différentes ethnies de la Terre, et tous garantit le plus pur possible pour éviter des handicaps lourds dans ces conditions extrêmes. Elle n’aurait qu’à transporter ce caisson dans la navette, pour ensuite s’inséminer toute seule grâce au bloc médical. Ainsi ses enfants seraient assez différents génétiquement pour se reproduire entre eux, les filles pourraient utiliser les échantillons restant. Ce plan aurait été illégal sur Terre et lui semblait horrible au premier abord, mais elle avait une mission de colonisation à mener, et elle ne voulait pas non plus rester seule jusqu’à sa mort. La navette avait tous les équipements nécessaires pour concevoir des enfants, et avec toutes les couchettes disponibles ils pourraient y vivre longtemps. Partant d’ADN pur, les cas de dégénérescence dû à un patrimoine maternel commun ne devraient pas être trop graves, et ensuite les choses se corrigeraient naturellement pour les deux générations suivantes. De toute façon le bloc médical était à même de produire n’importe quel médicament nécessaire ou d’effectuer des opérations chirurgicales.

Le vaisseau avait terminé ses analyses et les conclusions étaient idylliques. La planète était parfaite, une vaste surface continentale, des réserves d’eau douce conséquentes, des ressources minières abondantes et aucune espèce intelligente à signaler. Le meilleur site d’atterrissage avait était déterminé, il se situait sur les bords d’un fleuve, légèrement en hauteur et adossé à une chaine de montagnes non volcaniques. La terre y était fertile, les forêts abondantes et plusieurs filons de minerais se trouvaient à proximité. L’ordinateur indiquait que serait quand même nécessaires des études empiriques, pour connaître en détail les espèces animales et leurs comportements, la dangerosité des plantes, ainsi que la composition de certaines présences minérales non reconnues sur le tableau périodique des éléments. Marie lança le programme de colonisation, une batterie de tests automatiques allait se charger de la préparation de la navette. Elle chargea le caisson dans cette dernière et y rangea ses affaires personnelles. Elle prendrait un derniers repas à bord du vaisseau avant de partir vers Gaïa 2, pour démarrer et construire une nouvelle humanité, qui l’espérait-elle, ne renouvellerait pas les mêmes erreurs que celles commises sur Terre.

Elle mangea léger car le vol, bien que court, serait assez violent avec la rentrée atmosphérique. Il lui restait une dernière décision à prendre avant de partir vers Gaïa 2 ; devait-elle activer la balise du vaisseau principal pour qu’un jour les Terriens la retrouve ? Soit elle activait cette balise, et dans quelques décennies elle pourrait éventuellement rétablir un contact avec la Terre, au risque que sa petite communauté passe sous le contrôle des décideurs terriens, soit elle ne l’activait pas, et ils penseraient alors certainement que la mission a échoué à cause d’une planète hostile, ou toute autre raison incitant à chercher ailleurs une nouvelle planète habitable. Elle n’aurait pas besoin de l’aide des Terriens, la navette contenait toute la technologie existante, et les conclusions sur Gaïa 2 étaient parfaites. L’occasion de démarrer une nouvelle humanité, plus vertueuse et respectueuse d’elle-même et de son habitat, s’offrait-à-elle, et elle comptait bien la saisir. Elle n’activa donc pas cette balise, se dirigea vers la navette, s’assit dans le siège du pilote et boucla sa ceinture.

Elle lança la procédure de désarrimage et au bout de quelques minutes vit la masse métallique du vaisseau au-dessus d’elle. Elle prit un instant de pause en orbite avant de lancer la procédure suivante, celle de l’atterrissage. La navette activa alors ses propulseurs qui plaquèrent Marie au fond de son siège, et se dirigea rapidement vers le site d’atterrissage. La navette légèrement inclinée vers l’arrière, la rentrée atmosphérique offrit un spectacle aussi spectaculaire que terrifiant à Marie, avant qu’elle puisse se détendre à la vue de l’horizon de Gaïa 2. L’ordinateur de la navette offrait en permanence un relevé en trois dimensions du relief de la planète, recevant aussi des informations du vaisseau principal. Le chaîne montagneuse était devant elle, avec un sommet à plus 5 000 mètres recouvert de neiges éternelles. Une grande plaine se situait devant cette chaîne de montagnes, et Marie pouvait contempler le large fleuve dont les différents bras parcouraient la surface. Les rétro-propulseurs de la navette démarrèrent et projetèrent Marie à l’avant de son siège, elle avait eu raison de manger léger pensa-t-elle. Maintenant à seulement 1 000 mètres d’altitude, elle pouvait entendre le train d’atterrissage sortir et les volets se placer en position d’atterrissage. Cette navette ne nécessitait pas une longue piste pour atterrir, environ 250 mètres comme pour les aéronefs en poste sur les porte-avions. Son radar d’atterrissage trouva la surface idéale pour permettre à la navette de se poser. Marie fut vraiment satisfaite de ne pas avoir à prendre en charge une quelconque manœuvre lors du vol, même si elle avait reçu tous les cours théoriques nécessaires. L’horizon s’était refermait petit à petit avec la perte d’altitude et les montagnes se dressaient maintenant telles un mur en face de ses yeux. L’atterrissage secoua toute la navette mais se déroula sans aucun problème. Une fois au sol, cette dernière activa alors son moteur électrique à piles à hydrogène, pour parcourir les quelques dizaines de mètres l’éloignant du point exact d’atterrissage et de colonisation. Elle roula comme un gigantesque 4×4, écrasant le sol sous ses roues, avant de s’immobiliser et de projeter des piquets à terre pour avoir des points d’accroche fixes.

La ceinture de Marie se détacha automatiquement et la porte de la navette s’ouvrit. Marie se dirigea vers la porte de sortie en titubant légèrement après tant de secousses. Elle se dressa au seuil de la porte et admira l’horizon. Devant elle s’écoulait le fleuve, ancré dans cette magnifique plaine abritant des forêts. Le soleil se situait sur sa droite et allait se coucher, projetant une couleur rougeâtre dans le ciel comme sur le sol. Elle pouvait distinguer des troupeaux d’animaux au loin, des petits et des gros, qui ne semblaient pas affolés par cette intruse venue de l’espace. L’herbe était dense, verte et grasse, la Terre avait certainement ressemblé à cela pour les premiers hommes. Un nouveau monde s’offrait à elle, vierge et en même temps déjà habité par une multitude d’espèces non intelligentes, mais bien vivantes. L’espèce humaine avait le privilège de recommencer à zéro, mais aussi le devoir de faire mieux. Elle était finalement assez heureuse de la finalité des événements, seule et donnant la vie sur un monde merveilleux exempt de guerres et de pollution. Le soleil déclina rapidement et l’horizon fut envahi par l’obscurité, le paysage disparaissait progressivement même si un satellite de Gaïa 2 reflétait un peu de lumière depuis l’espace. Elle rentra dans la navette et referma la porte, la tête pleine d’espoir et de rêves. Cette nuit serait sa meilleure nuit, celle de sa nouvelle vie, une vie avec du sens, et une vie où l’homme qu’elle avait aimé un soir l’accompagnerait pour l’éternité à travers leur enfant.

4 réflexions sur “Gaïa II

  1. je suis pas très fan de ce genre littéraire ( j’ai sauté quelques paragraphes) mais le récit est assez agréable à lire. Ce qui me gêne un peu c’est le fait qu’il n’ y ait quasiment pas de vie autour de Marie. J’espère que ça bougera un peu dans les prochains chapitres. Bonne continuation 🙂

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire, premier de mon blog 🙂
      Effectivement le manque d’action faisait partie des remarques du jury, mais j’ai souhaité publier la nouvelle en l’état sur mon blog. J’ai en revanche pris note de la remarque pour mes histoires futures.
      Si vous le souhaitez, j’ai mis en ligne d’autres histoires courtes sur mon blog. Certaines dans un style proche (Râ), d’autres dans un style vraiment différent (Bus Infernal).
      En tout cas si c’est assez agréable à lire, c’est déjà une bonne base 🙂

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