Folie Inconsciente

Folie Inconsciente

Folie Inconsciente

J’étais assis tranquille dans mon canapé, regardant un bon film d’action avec une bière à la main. Il pleuvait dehors et à vrai dire, je me faisais vraiment chier.

Riposte Infernale 5, le dernier blockbuster international des séries B US. Le genre de film qui passe soit entre 15 et 17h, soit après 2h du matin.

Putain d’ennui, ça te colle à la peau et ça veut jamais te foutre la paix. Heureusement j’avais la compagnie de ma machine à laver, son bruit de roulement mécanique répétitif et familier. J’avais vu un film d’horreur où une machine à laver possédée par un esprit démoniaque aspergeait de boue les vêtements avant de les essorer à Mach 4. Du grand n’importe quoi, pire que Riposte Infernale 5, pour dire !

Je me relevais pour me prendre un Coca, pas alcoolique non plus le mec. Un Coca vert, celui avec la plante des Amériques qui sucre sans sucrer. Le remède au diabète, le moyen de boire du Coca sans finir hospitalisé. Je me rasseyais dans mon canapé, le héros venait de comprendre que son père n’était pas son père et que celui-ci avait kidnappé sa femme. Grave vénère le type après, d’où le titre.

Les pieds posés sur une chaise, je regardais défiler les images qui n’avaient guère plus de sens qu’un kaléidoscope. Le Coca se vidait, mon ventre se remplissait, rien ne se perd, tout se transforme.

Puis, juste avant que le héros n’effectue son bouquet final d’extermination de vilains, la machine à laver émit son BIP caractéristique, celui annonçant la fin du lavage. Je décidais de vider la machine et une fois cette corvée terminée, de profiter de la fin de mon film.

Principalement des chaussettes, j’avais beaucoup de chaussettes. En fonction des chaussures et des pantalons, je ne mettais pas les mêmes. Si je changeais de tenu dans la journée, je changeais de chaussettes. Les pieds nus, pas pour moi, j’étais un vrai supporter des chaussettes, quelles qu’elles soient.

Je sortais les vêtements pour les étendre sur le séchoir dans la salle de bain. Ensuite d’autres machines prendraient le relais. Le chauffage pour imposer une chaleur tropicale à la pièce et faire transpirer le linge, et aussi le déshumidificateur pour aspirer toute cette moiteur et la transformer en air sec.

Après 5 minutes de dur labeur, j’avais fini mon devoir et pouvais retourner contempler la fin de mon film. Un Fanta, il me fallait un peu de vitamines C, essentielle à la vie parait-il. Le héros termina sa besogne en projetant le super-vilain par-dessus un pont. Puis il partit avec sa femme, roulant vers l’horizon d’un soleil couchant. Fin de l’histoire.

Manger, j’avais maintenant faim, ce soir ça serait pizza cinq fromages. C’est-à-dire une quatre fromages classique auquel j’ajoute du cheddar. Avec une bière bien sûr, brune pour bien accompagner toutes ces saveurs laitières.

En attendant que la pizza cuise, j’allais dans la salle de bain me laver les mains. Important l’hygiène, on n’est pas des animaux. Petit savon en main, je frottais mes doigts sous l’eau tiède, puis saisissait une serviette pour me sécher la peau. D’un coup d’œil rapide, je vis que les chaussettes n’étaient plus là. Plus aucune d’entre elles, ni les blanches, ni les noires, ni les marrons, pas même ma paire favorite, mes chaussettes Garfield.

Je ne comprenais pas, je n’étais pas fou, j’avais regardais un film nul avec des boissons gazeuses, ma pizza était au four et ma bière au frigo, il était 19h, et mes chaussettes avaient disparu, avaient quitté le séchoir.

Je partais vérifier que la porte était fermée, les fenêtres, oui, tout était verrouillé.

Je regardais partout dans l’appartement, et ô miracle, trouvait mes chaussettes empilées les unes sur les autres sur ma chaise de bureau. Mélangées, froissées, maltraitées, comme jetaient violemment contre le dossier de la chaise. Mais comment était-ce arrivé ?

Elles étaient encore humides, et je décidai alors de les poser à nouveau sur le séchoir, cette fois-ci avec des pinces. Les petites malines n’allaient pas s’échapper deux fois de suite.

Le four sonnait, il était chaud, il était prêt à cuire ma pizza, à faire fondre son fromage, à faire croustiller sa pâte, que de délices.

J’enfournais la bête dans le four et me décapsula une brune. Les bières étaient vraiment un truc de mec, tu pouvais t’enfiler dans la même soirée une blonde, une brune et une rousse. Même les noires existaient si on prenait la Guinness. Truc de macho cette boisson, vraiment.

Encore devant la TV, je découvrais avec stupeur que ce soir était diffusé en exclusivité Riposte Infernale 6. Ils avaient osé faire ça. J’étais impressionné par tant de détermination, et décidais de jeter un coup d’œil à ce film, ne serait-ce que par respect pour l’abnégation des acteurs.

La pizza était prête, le fromage crépitait, la croûte brunissait, c’était le moment de la sortir de là tant qu’il en était encore temps. Une fois sur l’assiette, je la découpais en six parts inégales avant de m’installer fissa devant la TV.

Le film commençait, avec un court rappel de l’épisode précédent. Inutile pour moi qui venais de le voir en intégralité, mais bon, j’avais peut-être raté une subtilité après tout.

La pizza était bonne, le fromage coulait entre mes lèvres, la croûte se fendait entre mes dents avant de céder à la pression titanesque de mes mâchoires. La bière rinçait le tout et libérait toutes ses saveurs de houblon fermenté.

Un bon moment, oui, un moment simple et agréable de la vie.

Le film terminé, avec bien sûr une ouverture scénaristique vers un septième épisode, je me levais pour aller aux toilettes. La bière avait eu raison de ma vessie et je ne pouvais résister plus longtemps.

Je marchais ensuite vers le lavabo pour me laver à nouveau les mains, et là, cauchemar. Plus de chaussettes. Seules les pinces étaient là, accrochées au séchoir, n’ayant pu empêcher l’évasion de leurs prisonnières.

Déterminé, je leur demandais où étaient passées les chaussettes, mais aucune d’entre elles ne sut me donner la réponse. Pas étonnant me dis-je, les petites malines avaient certainement plus d’un tour dans leur sac.

Je faisais à nouveau le tour de l’appartement et ne vis rien. Où était-elle ? Tout était verrouillé.

J’avais soif, et je décidais de boire une gorgée d’eau gazeuse qui se trouvait dans le frigo, au fond, bien froide.

Stupeur, les chaussettes étaient là, pendues dans le frigo, leurs petites têtes étranglées par des élastiques. Les yaourts qui avaient dû être sous leurs pieds étaient renversés, et cela les avait certainement tué. Pauvres chaussettes, maintenant inertes et si froides. Je les sortais du frigo une à une avant de vérifier leur état.

Déchirure, griffure, strangulation, elles avaient subi les pires atrocités. Qui avait pu commettre de tels actes ?

Tant pis, leur destin était clos, finit, et il me fallait maintenant les mettre à la poubelle, cette vorace qui représentait à elle seule le péché de gourmandise.

Maintenant sans chaussettes, je me résignais à me coucher, demain j’irais m’en acheter de nouvelles, plus résistantes, capables de faire face à leur agresseur.

Je m’endormais, la tête encore emplie des images de Riposte Infernale 5 et 6. Lui avait donné une bonne leçon à ces vilains. Et moi j’avais donné une bonne leçon à ces chaussettes.

Une réflexion sur “Folie Inconsciente

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