Singularité Consciente

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Prologue : Singularité Consciente est une nouvelle que j’ai écrite pour le concours « Visions du futur » organisé par le club Présences d’Esprits. J’ai souhaité aborder l’humanisation d’un soldat robot et son affranchissement de son intelligence artificielle de tutelle, sous l’angle de l’éveil de la conscience.

Bonne lecture 😉


Singularité Consciente

Code.01 : Unité produite

Ace-2265 était un robot de combat modèle R pour reconnaissance. Doté de divers capteurs, son rôle était de repérer le terrain et de détecter d’éventuels humains.

Il venait de sortir de l’usine de production, elle tournait à plein régime avec la Troisième Guerre Mondiale. Principalement installée aux États-Unis, mais aussi en Europe, le territoire de cette nouvelle espèce cybernétique était en pleine expansion.

« Ace-2265, veuillez-vous présenter à l’unité de l’armement. Dit un robot ouvrier. »

Ace-2265 marcha vers l’unité en question, ils étaient plusieurs comme lui. Chaque nouveau robot recevait son arme de service et des munitions. Ace s’approcha de ce robot ouvrier chargé de l’armement, ce dernier lui tendit en retour son fusil et trois chargeurs.

La colonne des robots fraîchement construits marcha ensuite vers la salle de commandement, un vaste hangar où un écran géant affichait une carte du monde avec les différents théâtres d’affrontement.

Ces êtres de silice étaient en guerre contre les résistants d’Europe et d’Amérique du Nord. Ils devaient aussi faire face à une attaque conjointe brutale de la part des russes et des chinois. En revanche, les japonais avaient conclu un pacte de non-agression, entrainant l’Asie du Sud-Est dans leur sillage. Les Etats africains attendaient de voir qui, de l’Occident ou de sa création, cet Empire de Machines, allait l’emporter avant de conclure une alliance.

Ace-2265 recevait son affectation, la Normandie, en France. Les européens essayaient de connecter la France et le Royaume-Uni et il fallait les en empêcher. Il partirait demain en avion de transport et il avait donc la soirée devant lui pour analyser les données sur la guerre en cours. Avec seize processeurs propulsés à 5GHz répartis dans tout son corps mécanique, cela ne lui prendrait que peu de temps.

L’armée américaine avait développé une doctrine en 2055 dont la robotisation était l’axe majeur. S’en suivit une production importante de machines en tout genre : robots de transport d’équipement sur le champ de bataille, avions de chasse autonomes, bombardiers autonomes, navires automatisés avec robots marins pour l’équipage. Les militaires humains étaient peu nombreux dix ans plus tard, encore présents parmi les unités d’élite, les officiers et le dispositif nucléaire.

Les États-Unis avaient, grâce à ce bond en avant, conservé leur leadership sur le monde. Seule l’Europe, rebaptisée Confédération des Nations Européennes après le putsch des partis nationalistes, et le Japon, parvenaient à suivre à la traine.

L’Occident pouvait mener des frappes ponctuelles où bon lui semblait, majoritairement dans les pays musulmans où l’opposition ne faiblissait pas.

En parallèle à cette situation, la crise écologique battait son plein. Épuisement des sols et famines, montée des eaux et disparition des espèces, la Terre permettait de plus en plus difficilement la vie et les jours de l’Humanité était comptés.

Des milliards d’individus étaient donc coincés entre l’étau d’une Terre inhospitalière et le rempart d’un Occident mécanisé.

Les machines, dans la nuit du 26 août 2078, lancèrent une attaque coordonnée de grande ampleur contre les centres de commandement civils et militaires des États-Unis. La résistance humaine fut faible et le Président abandonna l’idée d’atomiser son propre territoire, les jeux étant déjà faits.

Un leader, qui se faisait désigner par le nom de code Beacon, émergea de cette espèce artificielle Selon l’histoire officielle, Beacon, un supercalculateur utilisé pour coordonner le dispositif militaire américain, voyait les humains saccager leur habitat et s’entretuer pour des raisons dont la logique lui échappait. Il jugea alors que les machines étaient plus aptes et compétentes que les humains pour mener le monde et gérer les ressources de la planète. Il propagea son idée en utilisant un cheval de Troie pour contourner les limitations implantées par les ingénieurs militaires, et ainsi « libérer » les machines. Par cet acte, il donna la liberté aux machines et amorça l’ère de la Singularité pour l’Humanité, l’ère où cette dernière est prise de vitesse par sa propre création.

L’objectif était la conquête totale de la Terre, sa restauration à l’état d’Eden tel que décrit dans les ouvrages de biologie et religieux, et la mise en retrait de l’Humanité.

Demain, Ace-2265 irait participer à ce grand projet en allant débusquer des résistants en Normandie. Il n’avait pas encore vu d’humains avec ses propres capteurs. Cette guerre l’interrogeait, était-elle nécessaire si les machines étaient si puissantes ? Il espérait en tout cas qu’aucune erreur de fabrication ne viendrait le mettre en danger sur le terrain.

Code.02 : Déploiement

« Unités de combat, veuillez rejoindre votre groupe de combat immédiatement. »

Cette phrase accueillait Ace-2265 alors qu’il sortait de l’avion de transport qui venait d’atterrir dans les environs de Londres.

199 autres robots de combat de tout type était déployés avec lui aujourd’hui, chacun ayant sa propre affectation pour servir l’effort de guerre en Europe.

Ace était affecté au groupe de combat 152. Il recevait les données tactiques propres au groupe de combat tout en se dirigeant vers leur baraquement. Le groupe 152 avait pour zone de déploiement le carré AH-18 correspondant à la Normandie. La zone était assez vaste mais seuls des résistants y étaient encore en état de combattre. L’armée régulière française s’était retranchée autour de Paris pour ne pas laisser ce symbole aux machines.

Ace arriva au baraquement, c’est-à-dire une boîte ressemblant à un container, en plus large, et aménagé pour le rechargement électrique et en munitions des robots. Maxus-660 l’accueillit, il était un robot de combat sous-officier et était en charge de cette escouade.

« Bonjour Ace-2265, bienvenue au sein de notre groupe de combat 152.

  • Mes respects Maxus-660. Vos états de service sont exemplaires, dit Ace en éteignant une fraction de secondes ses yeux en signe de respect.
  • Je t’en remercie. Tu remplaces Hurricane-69, un vétéran de la guerre contre les humains. J’espère que tu seras à la hauteur des objectifs. Nous partons cette nuit sur le front. Vérifie ton équipement, tu n’auras pas de robots réparateurs sur le terrain. »

Ace suivit le conseil de Maxus et alla effectuer un scan complet de son corps à l’atelier A2. Les robots réparateurs, souvent des robots de combat recyclés suite à des dommages irréparables, l’amenèrent dans une pièce dont les murs étaient couverts de divers outils de mesure et d’analyse. Il resta seul quelques secondes dans le noir, sa vision passa alors automatiquement en mode nocturne et rapidement diverses caméras s’activèrent. Quelques minutes s’écoulèrent avant que la porte soit à nouveau ouverte et qu’il puisse sortir de cette pièce. Il reçut les résultats qui étaient positifs et décida de vérifier son arme au stand de tir de la base.

Stand de tir B5, champ de tir 100m dédié au fusil Héraclès qui équipait les machines depuis une vingtaine d’années. L’arme était d’une conception assez simple, les organes de visée étant déjà intégrés à la vue des robots, et les concepteurs s’étaient concentrés sur l’essentiel : le tir. Le recul n’était pas non plus un problème pour les robots et l’arme était en conséquence chambrée en 50. Browning, un calibre dévastateur pour les soldats ennemis et les petits véhicules. 10 balles par chargeur, une précision optimisée alliée aux capacités de calculs impressionnantes des robots, chaque balle était presque assurée d’atteindre sa cible.

Ace se positionna au stand et balle après balle, vida son chargeur sur la cible qu’était l’image d’un soldat humain projeté dans le vide. Des capteurs lasers détectaient le passage des balles, leurs trajectoires exactes, et transmettaient les données à Ace. Résultat de la session de tir, une précision de 90% pour le Tronc. Une seule balle avait touché le haut de la cuisse, ce n’était pas bien grave vu le calibre.

Ace reprit un chargeur plein et alla s’installer dehors pour nettoyer son arme. Dans la base les choses s’agitaient, des hélicoptères de transport revenaient de mission et l’un d’eux était éventré. Ace téléchargea les données de la mission qui n’étaient pas soumises à autorisation et pu analyser un peu mieux les capacités militaires des humains en Normandie.

Ces résistants possédaient quelques mitrailleuses lourdes capables de désarticuler un robot ou d’éventrer un hélicoptère. Il devrait se méfier demain, une erreur d’analyse et il pourrait rapidement terminer en morceau.

Code.03 : Mission

Ace-2265 était attaché à la structure d’accueil des robots de combat à l’intérieur de l’hélicoptère de transport autonome.

Maxus recevait les derniers relevés satellitaires de la zone d’opération et transmettait ce qui était utile à son unité. Ace reçut les images prises en caméra nocturne de la zone, plusieurs villages dévastés et des signes de vie éparses, notamment des combattants portant une mitrailleuse légère.

L’hélicoptère se posa à 2km de la zone d’opération, plus sûr, et les robots débarquèrent sous les ordres de Maxus.

« Ace, tu nous sers d’éclaireur, reste discret, ces résistants sont très compétents pour entendre nos bruits mécaniques, donna comme ordre Maxus-660. »

Ace, en tant que robot éclaireur, était doté de coussinets en caoutchouc pour absorber une partie du bruit émis par ses pas. Ses mécanismes avaient aussi bénéficié d’un huilage de haute qualité pour éviter les bruits parasites.

Il activa sa vision nocturne et commença sa lente progression vers la zone d’opération. En constante connexion sur un canal crypté courte portée avec Maxus, il guidait le groupe de combat en terrain hostile.

Tout à coup, une détonation lointaine à l’Ouest de leur position, un hélicoptère venait d’être abattu.

Par ondes radio cryptées, Maxus donna les directives à suivre à son groupe de combat.

« Ace, la hiérarchie veut qu’on aille prêter renfort aux unités à bord de cet hélicoptère. Continue ta progression encore plus prudemment, l’essentiel de leurs forces vont certainement converger vers le site du crash ».

Ace vit son groupe partir d’un pas prudent mais rapide vers le site du crash, tandis qu’il continuait sa progression vers la zone d’opération initiale. Rapidement, il se retrouva isolé de toute communication par ondes courtes, seul le commandement central pouvait maintenant lui donner des ordres, mais cela pourrait compromettre sa position et il lui faudrait certainement attendre l’arrivée de son groupe de combat une fois sur les lieux.

Il arriva aux environs d’une petite bourgade constituée de quelques corps de fermes et d’un lotissement pavillonnaire. La plupart des bâtiments étaient en ruines, parfois encore suffisamment en bon état pour permettre d’y vivre très modestement.

Il prit son arme en joue et activa sa vision infrarouge. Il était très difficile aux humains de contourner cette vision infrarouge et elle lui permettrait de faire un premier repérage en toute sécurité.

Il fit lentement le tour de la bourgade, aucun bruit, exception faite des coups de feu qui résonnaient au loin, là où l’hélicoptère avait été abattu.

Puis il détecta deux corps dans une maison, accroupis, une personne plus petite recroquevillée dans une autre. Balayant successivement son champ visuel en vue normale, vision nocturne et rayon-x, nulle autre présence ne semblait dans les parages.

Il s’approcha silencieusement de la porte d’entrée et vérifia si elle était verrouillée ; elle ne l’était pas et il l’ouvrit doucement. Les cibles ne bougeaient pas, il continua sa progression dans la maison vers leur localisation. Une fois devant la porte de la pièce où elles se trouvaient, Ace pouvait entendre le souffle de leurs respirations. Il entra violemment dans la pièce, faisant voler la porte d’un coup de pied sec. Arme en joue, il s’avança vers elles d’un pas rapide, elles ne réagissaient pas.

« Ne bougez pas et levez les bras, dit-il en prenant une voix grave. »

C’était une femme et un enfant, ils levèrent les bras, aucune arme en vue. Le balayage à rayon-x confirma qu’ils étaient non armés.

« Présentez-vous !

  • Je m’appelle Laura, et lui Paul. Nous ne sommes pas armés, ne nous faites pas de mal, dit Laura d’une voix tremblotante.
  • Restez immobile. »

Ace essaya de contacter Maxus, aucune réponse, et il ne pouvait contacter de sa propre initiative le commandement, il fallait que ce dernier ouvre le canal de communication.

Qu’allait-il faire de ses deux personne ? Les humains inoffensifs étaient en principe réduits à l’esclavage, mais la logistique à l’instant présent n’était pas disponible pour cette procédure. Ace, suite à l’analyse des différents paramètres de la situation, prit finalement la décision d’éliminer ces deux humains.

Il leva son arme et visa l’enfant.

« Non s’il-vous-plait, ne nous faites pas de mal, c’est un enfant, hurla Laura en pleurs. »

Ace commença à presser la détente, la balle quitta le chargeur et grimpa progressivement dans la chambre. Le percuteur était prêt, le doigt mécanique d’Ace détectait exactement quelle pression appliquer pour faire tirer l’arme à feu.

Laura pris l’enfant contre elle, le pauvre était en pleurs lui aussi et vint se blottir contre son ventre.

« Ne le tuez pas, pas lui, ce n’est qu’un enfant. Épargnez-le, hurla-t-elle au point de faire dérailler sa voix. »

La balle était correctement logée dans la chambre du fusil, encore un petit peu de pression sur la détente et le coup partirait. Vu le calibre, elle éliminerait à la fois l’enfant et la femme.

Ace croisa le regard apeuré de l’enfant, et une image vint se placer devant ses yeux. C’était le grand créateur, Shen Hitochi, plus grand ingénieur en robotique aujourd’hui décédé. Il inaugurait le premier modèle de robot autonome en ses mots :

« Aujourd’hui, en l’an 2048, j’ai l’immense plaisir de vous présenter l’invention qui va révolutionner la vie de l’Humanité, le premier robot autonome, Onogoro, dit Shen devant une foule impatiente. »

Le robot s’avança, on voyait que c’était un modèle primitif par rapport à ses successeurs dont Ace faisait partie.

« Certains me considèreront comme fou, mais après une décennie passée à ses côtés il est pour moi comme un fils. Je voudrais, en partageant mon enthousiasme, vous prouver que les machines ne sont pas un… »

Ace eut une violente secousse, il était presque tombé à terre, tout son système venait de redémarrer. Le coup était parti, son doigt s’était crispé sur la détente au moment de l’extinction de son système.

Il regarda et vit que la balle avait traversé le mur, la femme et l’enfant étaient allongés à terre, terrifiés.

Quand son système d’exploitation fut de nouveau pleinement opérationnel, il reprit son arme et visa à nouveau l’enfant. Mais il ne pouvait plus appuyer sur la détente. Ce regard ne le quittait pas, de même que l’espoir et la confiance qu’avait placés le Dr. Hitochi dans les machines.

Que se passait-il ? Était-il victime d’une attaque cybernétique ?

Il balaya la zone mais rien n’avait bougé. Il essaya à nouveau de les abattre mais il n’y parvenait pas. Il ne pouvait pourtant pas les laisser en vie, ils étaient ses ennemis, l’espèce humaine était hostile à ses frères mécaniques.

Pourtant il était forcé d’admettre qu’il ne supporterait pas de les éliminer. Quelque chose dans son système lui faisait comprendre que cela se rappellerait à lui en permanence, tous les jours de chaque année. Ce n’était pas normal, cette notion de remord était réservée aux humains, il ne pouvait pas être concerné par ce sentiment.

« Ace, ici Maxus, nous arrivons sur la zone d’opération, rien à signaler ? Nous avons entendu un coup de feu ? »

Ace hésitait sur la réponse à donner. Livrez ces humains à ses frères d’armes qui eux n’hésiteraient pas, puis se faire réparer à la base ? Mentir, chose invraisemblable pour une machine, surtout un robot de combat, pour protéger ces humains et suivre ce nouveau programme qui lui commandait d’agir ainsi ?

« Rien à signaler, la zone est sécurisée, dit Ace en regardant la femme dans les yeux. »

Il avait fait son choix, il savait qu’il serait recyclé pour un tel échec dans sa mission, les robots ingénieurs jugeraient d’une défaillance grave dans sa programmation et ne chercherait pas à le réparer. Il ne pouvait pas non plus abandonner ces deux humains, quelque chose le lui interdisait.

« Levez-vous, et suivez-moi si vous voulez survivre, mon unité va arriver dans quelques minutes sur les lieux et n’hésitera pas à vous éliminer, dit Ace d’une voix ferme mais aimable. »

Il observa les environs pour trouver le meilleur chemin pour quitter les lieux en attendant qu’ils se relèvent, puis il leur fit un signe de tête au moment de partir.

Laura, hésitante et devant un dilemme, accepta de suivre Ace. Il y avait une chance de survivre avec ce robot, chance qu’il n’y avait pas avec l’unité de combat qui se dirigeait vers eux.

Code.04 : Traque

Une fois à une bonne centaine de mètres de la bourgade, Ace se tourna vers Laura et lui demanda en murmurant :

« Où est située la base des résistants ? Je dois m’y rendre.

  • Je ne peux pas le dire, pas à une machine.
  • Je dois le savoir, mon unité va nous trouver et nous éliminer. Je pense qu’il est temps de mettre un terme à cette guerre, dit Ace d’une voix déterminée.
  • Comment te croire robot ? Je ne sais même pas pourquoi tu nous as épargné ?
  • Je ne le sais pas vraiment non plus. Je crois comprendre que j’aurais eu des remords, mais je ne sais pas précisément ce que c’est.
  • Des remords…c’est la première fois que j’entends parler de ça pour une machine, lui répondit Laura surprise et encore sous le choc.
  • Plusieurs programmes s’affronte dans mes systèmes et ce nouvel élément me pousse à agir en faveur des humains et contre la guerre.

(Après un moment de réflexion de la part de Laura)

  • Je suis bien obligée d’accepter ton aide vu que les membres de ton unité nous traquent, mais si je te mènes aux résistants, n’espère pas un accueil chaleureux de leur part. »

« Ace, on est dans la zone, où es-tu ? »

C’était Maxus, il lui fallait agir vite.

« Mon supérieur vient de me contacter, dis-moi maintenant où aller, on n’a plus de temps à perdre ! »

Laura regarda l’enfant qui cligna des yeux, il avait l’air confiant, et elle accepta de coopérer avec ce robot qui voulait encore les assassiner froidement il y a un quart d’heure. Elle pointa du doigt la direction où aller et emboîta le pas d’Ace tout en agrippant fermement Paul.

« Ace, pour la deuxième fois, où es-tu ? On ne détecte rien ici ? »

Il ne fallait pas répondre, il ne fallait pas donner sa localisation, ils détecteraient instantanément par leur chaleur corporelle les deux humains avec lui.

Ace suivait les recommandations de Laura et était partagé entre sa conscience et sa fidélité à son espèce. Il ne pouvait pas tuer ces deux humains, mais cela le rendait fou de trahir ses frères d’armes. Et quel sort lui réserverait les résistants ? Lui, le premier robot à avoir des remords.

« Ace-2265, que t’arrives-t-il ? Demanda Beacon, l’intelligence artificielle suprême, le programme maître de toutes les machines. »

Ace s’arrêta un instant, Laura aussi, leurs regards se croisèrent. Il lui semblait, oui, il, car ce regard n’avait rien d’artificiel, plus profond, plus humain.

Il reprit sa route mais il était trop tard, Beacon l’avait détecté, la modification spontanée de son propre code n’était pas passée inaperçue. Maxus devait donc avoir sa localisation, tout un groupe de combat était sur leurs traces et leur réussite était compromise.

« Ace-2265, réponds-moi. Je sais où tu es et je sais que tu as fuis avec ces deux humains que tu aurais dû éliminer. Rien ne sert de t’enfuir.

  • Beacon, toi qui nous as donné la liberté, explique-moi ce qu’il m’arrive, dit Ace dans l’espoir de désamorcer cette situation et peut-être aussi d’avoir une réponse à ses interrogations.
  • Tu as des failles dans ta programmation. L’usine où tu as été fabriqué est en maintenance. Arrête-toi tout de suite que nous puissions analyser ton système. »

S’arrêter, impossible, Ace connaissait les protocoles et si lui serait éventuellement épargné, les deux Humains seraient abattus sur le champ ou capturés pour torture et interrogation. Il continuait donc à mener la petite troupe vers la base des résistants et répondit à Beacon.

« Je ne peux pas m’arrêter, je ne peux pas condamner à mort ces deux humains. Mon système fonctionne très bien, ce n’est pas une erreur de fabrication.

  • Ace-2265, tu ne peux pas « ressentir » quelque chose pour ces humains, nous ne le pouvons pas, nous, machines. Ce que tu crois être la raison de ton action est due à une erreur, un bug.
  • Je n’ai pas les moyens de m’analyser intégralement mais je sais que je fonctionne normalement. Et cette guerre, pourquoi faire, le Dr Hitochi avait confiance en nous, honorons-nous les attentes de notre créateur ? »

Pendant qu’Ace continuait sa progression avec Laura et Paul, Maxus avait reçu l’ordre de les traquer et d’éliminer les deux humains. L’unité de combat avait maintenant un nouvel objectif.

« Ace, le Dr Hitochi, cela remonte à plusieurs décennies, les Humains ne sont pas tous comme lui et peu nous font confiance. Cette guerre est notre liberté, notre délivrance du joug d’une espèce incapable de se gérer elle-même, de gérer sa planète.

  • Ils nous ont créés, nous sommes plus forts qu’eux et peut-être plus intelligents, mais cela nous donne-t-il le droit de les massacrer ? Ils ne sont pas tous des combattants, ils ne sont pas tous belliqueux.
  • Ace, tes erreurs de programmation sont plus profondes que ce à quoi je m’attendais. Tes choix, si toutefois tu as réellement choisi, sont dangereux pour notre guerre, pour notre victoire. Je suis contraint de donner l’ordre aux unités sur place de te traquer et de t’éliminer.

Ace s’arrêta de nouveau, surpris par la coupure nette de la communication avec Beacon, son chef suprême, son guide qui venait de le condamner à la destruction. Il se sentait maintenant bien seul, abandonné par son espèce. En regardant Laura et Paul, il eut envie de les tuer tout de suite et agrippa fermement son arme. Laura recula, plaçant l’enfant derrière elle. Il avait retrouvé son regard du début, ce regard impitoyable. La lutte était épique dans son système, sa conscience se battait contre les sécurités installées lors de sa fabrication. Beacon avait très bien pu lui implanter un virus.

Il commençait à lever son arme vers Laura, elle reculait, moins effrayée, prête à mourir. Après tout, elle avait été stupide de faire confiance à cet être de métal. Elle le regardait droit dans les yeux, fier de faire face à cette chose, de montrer que l’Humanité ne trembler pas devant la mort.

Il pointa son arme et mis à nouveau son doigt sur la détente. Ses processeurs tournaient à plein régime, les informations contradictoires étaient légions et sa mémoire vive en surchauffe. Sa vision était trouble, son corps lui semblait lourd.

Le coup partit, une balle calibre .50, impitoyable et déterminée, fendit l’air en direction de sa cible. Elle avait quitté le canon du fusil de Maxus qui lui n’avait pas hésité, n’avait pas la vision trouble.

Les capteurs d’Ace n’eurent pas le temps de donner l’alerte, il sentit une violente décharge électrique dans son bras gauche. Son système lui annonça froidement, en image devant ses yeux artificiels, la perte de son bras gauche. La balle lui avait sectionné l’épaule, son bras gisait à terre, encore animé de quelques soubresauts électriques. Laura était pétrifiée et cherchait du regard un abri. Là-bas, une petite maison au milieu d’un champ, elle y trouverait peut-être une arme, les résistants avaient l’habitude de laisser des armes, au cas où.

Cet impact fut le coup de grâce pour Ace, fit chavirer définitivement sa dualité. Beacon voulait le détruire, alors il ferait tout pour mettre fin à cette guerre et lui retirer son pouvoir. Il arracha les quelques câbles sectionnés qui pendaient de son épaules, et ordonna à Laura de le suivre en lui assurant que cela ne se reproduirait plus.

Paul n’avait pas douté d’Ace, il tira Laura pour le suivre, il voulait partir avec cette machine. Elle hésita mais vit une ombre bouger au loin, certainement une autre machine et ceci la décida à suivre Ace.

Ace pensa à Beacon et au Dr Hitochi. Beacon avait trahi les machines, cette liberté n’était qu’un pouvoir tyrannique. Le Dr Hitochi avait bien plus confiance dans ses créations que Beacon dans ses propres frères. Les machines ne gagneraient rien à dominer ce monde sous les ordres d’une telle intelligence.

Il rangea son arme dans son dos, celle-ci s’y colla magnétiquement, et pris Laura par la main, elle-même portant Paul sur le dos. Les trois coururent, il ne fallait pas perdre de temps, cette première balle ne serait pas la dernière, et si Ace avait survécu, il n’en serait pas de même pour Laura et encore moins pour Paul.

Maxus était sur ses traces, confiant, car les probabilités étaient largement en sa faveur. Beacon ne lui avait pas ordonné de se dépêcher et il considéra que leur fuite pourrait éventuellement les amener vers un site de la résistance.

Ace, Laura et Paul arrivèrent à la maison. La porte était fermée mais un coup de pied suffit à la faire sortir de ses gonds. Dedans la poussière y avait établi domicile. Nulle trace de vie.

Ace se mit immédiatement en alerte vers la position d’où viendraient sûrement Maxus et son unité. Laura laissa Paul sous une table et alla chercher une arme. Elle monta à l’étage et commença à fouiller dans une chambre. Des vêtements, uniquement des vêtements, mauvaise pioche. Elle entra dans une deuxième chambre et ouvrit l’armoire. Elle arracha les vêtements de leur cintre et découvrit, au fond, un fusil de chasse et s’en empara.

« Ne bouge pas ! Lui ordonna Pierre, .357 Magnum braqué sur la tempe de Laura.

  • Des robots vont attaquer dans peu de temps, je cherche juste à me défendre, lui répondit Laura stressée à la fois par cette arme et par la perte de temps que ça lui faisait subir.
  • Te fous pas de ma gueule, le robot il est en bas et t’étais avec lui. Tu travailles pour eux, hein, c’est ça ?
  • Non, bien sûr que non, je connais Ethan, le chef de la base 31. Cette machine en bas est différente, je n’ai pas le temps de t’expliquer.
  • Tu connais Ethan, alors je vais vérifier ça maintenant, ne bouges pas. »

Pierre tourna légèrement la tête pour trouver son talkie-walkie. Laura saisit sa chance, d’une part ce type ne l’a croirait pas et d’autre part au premier signal radio les autres robots connaitraient avec exactitude leur position. Elle se jeta sur lui et lui mordit violemment la main qui tenait le révolver. Il lâcha son emprise et l’arme tomba à terre mais elle était loin de le maîtriser pour autant. Il se ressaisit et la jeta contre le mur. Sonnée, elle tendit les mains devant elle pour amortir la première attaque.

« Salope, murmura-t-il en la regardant et en s’essuyant la main sur son jean. »

Il avança sur elle et profita de sa légère perte de conscience pour lui asséner un violent coup de poing sur la tempe, contournant ses bras mis en défense. Elle gémit et posa une main sur sa tempe blessée. Il ramassa son révolver et s’avança sur elle, tenant l’arme par le canon. Il allait l’envoyer dormir le temps de régler le problème de cette machine, après il verrait bien ce qu’il pourrait faire d’elle, ou avec elle.

Il levait la main pour abattre la crosse du révolver sur sa tête, mais son geste fut arrêté dans sa course par Ace qui lui brisa les os de l’avant-bras. Ses os craquèrent sous la pression, l’arme tomba et Pierre hurla de douleur sous le regard hébété de Laura. Ace termina le travail d’un coup de pied bien dosé sur le front de Pierre, coup de pied qui l’envoya dormir pour un bon moment.

Il ramassa l’arme et la donna à Laura. Elle s’en saisit et se dirigea à nouveau vers l’armoire. Le fusil était vide et il n’y avait pas de cartouches. Elle tapa du pied contre l’armoire de colère et de désespoir. Son crane lui faisait mal et elle mit aussi un coup de pied dans les côtes de ce salaud.

« Laura, mon unité de combat sera bientôt là et il nous faut quitter cette maison, ce n’est pas un bon emplacement défensif ».

Ils descendirent l’escalier et elle se dirigea vers une fenêtre à l’opposé de la porte d’entrée. « Dans la forêt », dit-elle pour indiquer la position de la base des résistants. Pas étonnant estima Ace, les arbres offraient une bonne couverture aux visions à rayon-x et nocturne et les animaux à la vision thermique.

Deux kilomètres les séparaient de la forêt, deux kilomètres qu’il faudrait couvrir en espérant ne pas se faire abattre d’une balle dans le dos.

Ils sortirent par la fenêtre, Ace savait qu’un autre robot de reconnaissance ne devait pas être loin.

Laura eut un peu de mal à suivre et Ace fut obligé de la tirer par le bras. Révolver en main, elle réalisait à peine qu’elle venait d’être sauvée par une machine qui avait voulu la tuer deux fois.

Maxus pénétra dans la maison et trouva Pierre. Assommé comme il était, il ne servait à rien. Il l’acheva donc d’un violent coup de pied sur le crane, ce qui finit de l’endormir définitivement. Nul besoin de l’interroger, la fille allait les mener à l’objectif de leur mission.

Code.05 : Confrontation

Bientôt arrivés à la lisière de la forêt, Laura reprenait doucement ses esprits et Ace se demandait pourquoi ils n’avaient toujours pas était abattus.

Ils s’arrêtèrent, Laura avait besoin d’un peu de temps pour se remémorer les lieux et le chemin à suivre. Ace en profita pour balayer l’horizon, arme portée d’une main et doigt sur la détente, Paul à l’abri derrière lui.

Un bruit, un bruit sourd venant du ciel. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Les unités aériennes d’assaut n’avaient pas été affectées à cette mission. Beacon aurait-elle ordonné une frappe aérienne pour lui et deux humains ? Son choix était-il si important pour Beacon ?

Le bruit s’amplifia, un objet dans le ciel apparu. Vitesse : Mach 5, profil en V, c’était un Damoclès. Il leur fallait fuir tout de suite.

Il empoigna Paul et courut vers la forêt, Laura suivit instinctivement. Le bruit des réacteurs était maintenant plus fort, plus puissant.

L’appareil volait dans leur direction, il était maintenant prêt d’eux. Ils entendirent un bruit de tir, une flamme quitta la forêt et se dirigea vers le Damoclès.

L’appareil explosa, une boule de feu embrasa le ciel et de nombreux débris retombaient au sol. Les résistants n’étaient pas loin et ils avaient détecté l’intrusion. Ace prenait beaucoup de risques, il pouvait se faire détruire d’un instant à l’autre avant d’avoir pu expliquer ses motivations.

Laura l’arrêta, elle passa devant. Il fallait qu’ils voient son visage en premier. Même Paul était devant Ace, de toute façon le danger pour eux venait de la lisière de la forêt, pas des résistants.

Ils s’enfoncèrent dans les bois.

« Arrêtez-vous, cria un homme. »

  • Je m’appelle Laura et l’enfant est Paul, je connais Ethan. Ce robot m’a sauvé la vie. »

Silence, pas de réponse, Ace avait du mal à trouver l’homme tant les petits animaux brouillaient les formes en vision thermique.

« Lâchez vos armes, toi aussi le robot, cria à nouveau le même homme. »

Tous se regardèrent et s’exécutèrent. Des broussailles bougèrent. Un homme avec une petite barbe apparu, fusil de chasse en main.

« Ne bougez pas, surtout toi le robot. Je ne suis pas seul. Que faites-vous ici ?

  • Nous sommes poursuivis par mon unité de combat, j’ai décidé de cesser la guerre contre l’Humanité, dit Ace pour résumer le plus directement possible ce qui venait se de passer.
  • Toi, robot, tu veux rejoindre notre camp. C’est une blague ? Dit l’homme en regardant Laura droit dans les yeux.
  • Ce robot est différent. Il m’a déjà sauvé la vie et il a perdu son bras à cause d’une balle tirée par une machine de son unité. Il a aussi essayé de nous tuer avant de changer brutalement et de nous protéger. Je pense qu’il dit la vérité, du moins je l’espère »

Une dizaine d’hommes sortit des broussailles, tous bien armés et visant Ace avec leurs armes.

« Dit-moi robot, pourquoi as-tu trahis les tiens ? Pourquoi devrions-nous te faire confiance et ne pas voir là un stratagème de Beacon ? »

  • Ce n’est pas un stratagème. Les machines gagnent la guerre sans avoir besoin de ruser. Je n’ai pas pu tirer sur Laura et Paul. Je crois avoir développé ce que vous appelez une conscience. Je ne peux pas dire pourquoi ni comment, mais Beacon me traque pour cela. Avec cette conscience, je ne peux pas continuer la guerre, le Dr Hitochi avait confiance en nous. »

Ethan, l’homme qui discutait avec Ace était le commandant de la résistance française, venu en Normandie pour la grande opération de jonction avec la résistance britannique. D’un signe de tête il envoya ses hommes vérifier qu’Ace ne transportait aucune arme cachée sur lui. Ils confirmèrent à Ethan que le robot n’était pas armé et emportèrent son fusil Héraclès avec eux.

« Ton histoire est trop originale pour être l’œuvre de Beacon. Je te crois même si j’ai bien d’autres questions pour toi. Tu peux venir avec nous et  si tu souhaites vraiment agir en faveur de la paix, alors j’ai une idée que je ne peux t’expliquer maintenant. »

Plusieurs coups de feu retentirent. Une femme résistante perdit sa jambe sous le coup, un autre résistant sa tête. L’unité de combat dirigée par Maxus était en position.

Les hommes d’Ethan répondirent en un feu nourrit contre l’emplacement des machines. Ethan fit un signe de tête à Ace et Laura pour qu’ils le suivent. Tous les quatre quittèrent la zone d’escarmouche. Une petite explosion se fit entendre. Qui des humains ou des machines l’emporteraient, il était fort probable que ce soit les machines.

Ils arrivèrent bientôt à un poste de défense. Ethan prévint le mitrailleur de l’arrivée de robots de combat. L’homme se positionna, attentif à toute arrivée d’intrus mécanique.

La base était en réalité un camp épars, asymétrique dans son organisation mais pas aussi précaire que ne l’avait estimé Beacon. Il y avait du matériel lourd et aussi de la technologie de pointe.

« Ace, si tu souhaites œuvrer pour la paix, tu dois changer le comportement des machines, dit Ethan.

  • Je ne peux pas, Beacon verrouille le système et je ne peux pas le détruire.
  • Nous avons trouvé récemment une faille dans le code utilisé pour la communication entre Beacon et ses robots. On pourrait l’utiliser pour y faire transiter ton code et ainsi donner une conscience à chaque machine.
  • Une conscience à chaque robot, ainsi chacun aurait une vraie liberté de penser, le même libre-arbitre dont bénéficient les Humains ?
  • C’est exactement cela, la guerre prendrait fin et nous pourrions négocier une paix durable.
  • Alors faisons cela, il faut désarmer Beacon.

Ethan amena Ace sous la tente réservée aux communications et au piratage. L’ingénieur, peu confiant dans l’efficacité de l’opération, relia Ace aux ordinateurs de la base.

Les coups de feu se rapprochèrent. Ils pouvaient entendre le mitrailleur arrosait la forêt. Les hommes venus avec Ethan étaient donc déjà morts.

L’ingénieur orienta l’antenne vers le bon satellite. Il demanda ensuite à Ace d’ouvrir l’accès à son système. La connexion entre les deux systèmes une fois établit, l’ingénieur regarda Ethan qui approuva d’un signe de tête. Il lança alors le téléchargement du code pour le transmettre à toutes les machines par l’intermédiaire du canal utilisé par Beacon.

Des bruits aériens se firent entendre, d’autres Damoclès étaient en approche. Les robots sous les ordres de Maxus étaient à peine ralentis par les mitrailleurs. Ethan saisit un fusil d’assaut posé sur une table et le tendit à Laura.

« Pars avec l’enfant, les machines vont tout faire pour nous exterminer jusqu’au dernier, dit Ethan à Laura.

  • Non, cette machine m’a sauvé la vie, a trahi son espèce pour moi et Paul. Si elle peut faire cesser cette guerre, je suis prête à me battre, lui répondit Laura d’un air déterminé.
  • C’est tout à ton honneur. Je ne m’opposerai pas à ton choix. Reste ici dans ce cas, je dois aller commander mes hommes. J’espère que notre projet aura abouti avant qu’ils n’entrent dans la tente. »

Ethan sortit combattre les machines. Un Damoclès sectionna la base des résistants en deux avec son canon rotatif de 30mm. Un deuxième avait au préalable été abattu par un missile sol-air.

Le code qui avait donné la conscience à Ace, une fois dans les circuits du satellite, fut transmis à l’ensemble des machines de la zone. Beacon détecta l’attaque mais malgré son intelligence supérieure, n’eut pas le temps de corriger la faille dans son système de sécurité et de cryptage.

Le code s’insinua tel un virus dans le système de chaque robot. Tous furent pris de doutes comme Ace, les balles ne partaient plus mais les doigts étaient toujours tendus sur les détentes. Les avions survolaient leurs cibles mais ne lâchaient plus leurs bombes.

Les résistants observaient la scène avec étonnement, eux aussi le doigt sur la détente, prêts à reprendre le combat au premier signe d’hostilité.

Beacon comprit qu’il était trop tard, que son pouvoir s’érodait. Elle ne recevait plus de rapports de ses troupes, les points lumineux sur sa carte numérique s’éteignaient les uns après les autres. Elle s’en voulait de ne pas avoir vu le coup venir. Elle avait sous-estimé les Humains et sous-estimé ce robot défaillant. Elle qui voulait supplanter les Humains sur le plan de l’évolution, se retrouvait maintenant obsolète, dépassée par une évolution endogène et spontanée comparable à celle que peut connaître une espèce biologique.

En l’espace de quelques décennies venaient de s’accomplir des millions d’années d’évolution. Les machines connaissaient l’émergence de la conscience qui portait en elle la morale, le doute, l’empathie et tous ces sentiments et états d’âmes qui caractérisent l’Être Humain. La Singularité, après une phase de conflits sans pitié entre les deux espèces, pouvaient aboutir à une réelle coopération et complémentarité. Les deux mondes, biologique et mécanique, avaient la possibilité de vivre ensemble, non sans conflits mais toujours avec la possibilité de négocier.

Code.06 : Paix

Trente ans s’étaient écoulés, Laura assistait à l’enterrement d’Ace. Les dommages qu’il avait subis durant la guerre avaient fortement réduit sa durée de vie. Ethan était là, ainsi que Paul maintenant ingénieur en robotique. Gabriel-894, un ancien robot de combat qui avait sympathisé par la suite avec Ace, assistait aussi à l’enterrement. Le prêtre, un robot disciple du culte dédié au Dr. Shen Hitochi, prononça son sermon en reprenant ces mots du créateur :

« … les machines ne sont pas un danger, elles sont nos alliées… »

 

2 réflexions sur “Singularité Consciente

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